l’esprit partisan, c’est la voix du sol qui doit résonner !9 Pour l’organe fasciste Hier Dinaso, le retour au Reich est la seule solution juste, raisonnable et naturelle : en effet, le problème sarrois a été créé de toutes pièces par l’impérialisme français, fruit du démocratisme, et aggravé par les marxistes traîtres à leur patrie, ainsi que par le pouvoir occulte de la juiverie internationale et de la franc-maçonnerie10. La droite belgiciste considère, elle aussi, que la victoire de la Deutsche Front est fort probable. Il en est ainsi parce que la France - la République - a perdu la partie (. . .) faute d’une politique sarroise bien conduite, qui aurait permis d’annexer la région en temps opportun11 12. Le plébiscite n’est qu’une péripétie dont les „pacifistes bêlants“ - bêtes noires des ultras du nationalisme belge - surestiment la portée: Sous la conduite de Hitler, l’Allemagne, entrée en transe, s’est consacrée tout entière à s’armer jusqu’aux dents et à préparer la guerre. Outre Rhin, on n’entend que chants guerriers, bruits de bottes, cliquetis d’armes, ronflements d’avions (. . .). Affirmer que l’Europe pourra enfin respirer, parce que Berlin ne fera pas tout sauter à propos de la Sarre, c’est se contenter de bien peu de chose en fait d’atmosphère respirablen. Diagnostics A l’annonce des résultats, les réactions sont diverses. Certains militants antifascis¬ tes, qui espéraient une „défaite honorable“ de leurs amis sarrois, restent pantois devant la déroute du statu quo: Begrijpen kan ik het niet (Je ne puis comprendre), confesse ainsi l’envoyé spécial de Vooruit et du Peuple13. La plupart de ceux qui, par réalisme, prévoyaient un succès de la Deutsche Front s’étonnent cependant de l’ampleur de cette victoire14. La petite minorité de sympathisants des nazis exulte. Les nationalistes belges ne cessent de dénoncer le réarmement allemand. La presse 9 De Schelde, 13-1-1935, p. 3 (notre traduction). A deux reprises (1933 et 1934), le ministère allemand de la Propagande envisage de mettre sous influence ce quotidien proche du Vlaamsch Nationaal Verbond, en l’aidant à résoudre ses difficultés financières. Il le fera effectivement avec son successeur, Volk en Staat, à partir de 1937. Voir E. VERHOEYEN, De financiering van het dagblad „De Schelde - Volk en Staat“ (1929-1940), in: Wetenschappelijke Tijdingen op het gebied van de geschiedenis van de Vlaamse Beweging 46 (1987), p. 224-240. 10 Hier Dinaso, 8-1-1935, p. 6 (notre traduction). Avant 1934, ce Journal de combat“ du Verbond van Dietsche Nationaal-Solidaristen a cherché des contacts avec le NSDAP et le Stahlhelm. Depuis 1934, parce qu’il cesse d’être antibelge et pangermaniste, il n’intéresse plus le Reich. Cf. M. DE WILDE, L’Ordre Nouveau, Paris-Gembloux 1984, p. 10-12. 11 La Nation Belge, 27-12-1934, p. 1. 12 La Revue catholique des idées et des faits, 21-12-1934, p. 2. Les principales cibles de cette revue sont „les moralistes en chambre et les juristes de cabinet“: Paul Struye (La Libre Belgique), Jacques Leclercq (La Cité Chrétienne) et Elie Baussart (La Terre Wallonne et La Vie Nouvelle). Cf. Ch. Grognard, Une guerre religieuse et patriotique. Positions d’un hebdomadaire de droite: la Revue catholique des idées et des faits, in: La Belgique et la guerre civile d’Espagne (éd. par J. GOTOVITCH et E. Witte), Bruxelles 1987, p. 691-719. 13 Vooruit, 16-1-1935, p. 5; Le Peuple, 16-1-1935, p. 3. L’envoyé spécial dont il s’agit est August Balthazar, directeur du quotidien socialiste Vooruit, député de l’arrondissement de Gand-Eeklo (1929-1944) et futur ministre. A son propos, voir P. Van molle, Le Parlement belge 1894-1969, Ledeberg-Gand 1969, p. 6. 14 Voir par ex. Het Volk, 16-1-1935, p. 1 et La Vie Nouvelle, 20-1-1935, p. 1. 391