raciste du IIIe Reich4. A l’approche du scrutin, cependant, la presse de gauche vire de bord. A l’en croire, la propagande et la terreur des nationaux-socialistes, la duplicité de l’Eglise catholique et l’exacerbation du patriotisme allemand ne laissent plus guère de chances aux partisans du statu quo. Ceux-ci remporteraient néanmoins une victoire politique et morale s’ils condamnaient la Deutsche Front à n’obtenir qu’une majorité étriquée. Seuls Le Drapeau Rouge (communiste) et quelques journalistes socialistes, non suivis par leurs confrères du Peuple ou de Vooruit, s’attendent encore à un scrutin très serré5. Trois jours après le vote, Emile Vandervelde reconnaîtra d’ailleurs que le Parti Ouvrier Belge, dont il est le chef de file, s’est résigné au pire bien avant le début de janvier 1935. 11 écrira alors: Nous avons, depuis des mois, suivi avec une sympathie ardente, mais - nous pouvons bien l’avouer maintenant - avec une absence d’illusions totale, l’effort désespéré des hommes de cœur (...) qui luttaient pour le maintien du statu quo6 7. Nul revirement, par contre, dans la presse catholique, dans le quotidien „neutre“ Le Soir, ni dans le journal libéral flamand Het Laatste Nieuws. Toutes ces publications font preuve de circonspection: elles n’accueillent les pronostics des observateurs qu’avec des réserves et se gardent de toute prédiction formelle. Implicitement cependant, elles suggèrent que la victoire ne peut échapper aux partisans du rattachement à l'Allemagne: l’élan patriotique de la population, les positions prises par l’épiscopat, la propagande massive de la Deutsche Front, les faiblesses et les incohérences du camp adverse jouent en défaveur du statu quo. Ce dernier pourrait cependant être choisi par une minorité non négligeable, hostile au régime hitlérien. Quotidiens et revues catholiques insistent sur le drame de conscience que vivent leurs coreligionnaires sarrois, dont dépend largement l’issue du scrutin: Voteront- ils pour le statu quo, ils seront taxés de traîtres à la patrie. Leurs frères du Ille Reich en subiront sans nul doute le contrecoup (...). Voteront-ils pour le rattachement à l’Allemagne, ils subiront immédiatement la Gleichschaltung1. Les journaux nationalistes flamands et le quotidien catholique flamingant De Standaard annoncent d’emblée un triomphe de la Deutsche Front. Quoi que l’on pense des excès du régime, l’amour de la patrie n’est pas une vertu qui doit être subordonnée à des conditions ou à des réserves, affirme De Standaard8. Chantre du „bloed en bodem“, De Schelde, organe nationaliste flamand, s’enthousiasme: Plus fort que le rejet d’un régime, il y a l’attachement au pays; plus fort que la voix de 4 Le Drapeau Rouge, 29-12-1934, p. 3; L’Action Socialiste, 5-1-1935, p. 3. L’hebdomadaire communiste ne fait pas dans la dentelle. Il définit ainsi la tâche des partisans du statu quo: ne pas livrer la Sarre à Hitler et aux homosexuels du IIIe Reich (Le Drapeau Rouge, 12-1-1935, p. 13). 5 Un journaliste du quotidien Le Peuple se démarque ainsi explicitement de l’attitude prudente adoptée par l’envoyé spécial de la presse socialiste belge en Sarre: Le Peuple, 13-1-1935, p. 3. 6 Le Peuple, 16-1-1935, p. 1. Sur E. Vandervelde, député socialiste (1894-1938), plusieurs fois ministre, ministre d’Etat, leader du Parti Ouvrier Belge et président de la Deuxième Internationale, voir J. PoLASKY, Emile Vandervelde, in: Nouvelle Biographie Nationale 1 (1988), p. 344-354. 7 La Cité Chrétienne, 5-1-1935, p. 133. 8 De Standaard, 11-1-1935, p. 1-3 (notre traduction). Même s’il a renoncé à sa „frühere deutschfreund- liche Einstellung“, ce quotidien flamingant continue à retenir l’attention de la légation allemande à Bruxelles, à la mi-décembre 1934: ses articles de politique étrangère comportent, en effet, „fast stets eine betont antifranzôsische Note“. Cf. D. Martin, De Belgische pers en Duitsland 1936-1940, in: Tijdschrift voor Diplomatie 6 (1980), p. 769. 390