s'agit de Gerbert d'AurilIac, ce grand savant, cet humaniste, dont on vient de traduire et de publier la correspondance et qui va nous servir de guide dans la présentation des écoles de Lotharingie.3 Gerbert est depuis 973 au service d'un Lorrain, l'archevêque de Reims Adalbéron, un homme entreprenant, énergique et un grand réformateur. Elevé à Gorze sous la direction de son oncle Adalbéron 1er de Metz, il était selon le chroniqueur Richer, moine de Saint-Rémi „d'une connaisance remarquable des sciences divines et humaines en même temps qu'il avait un grand talent d'élocution". Le chroniqueur ajoute qu'il „cherche à instruire convenablement les enfants de son église dans les sciences libérales". A sa demande Gerbert devient écolâtre de Reims. Adalbéron et Gerbert sont engagés depuis 984 dans les luttes politiques en prenant le parti des Lorrains contre les ambitions des rois carolingiens Lothaire et Louis V.4 Entre Reims et Trêves les liens sont étroits comme en témoignent les lettres envoyées de Reims par l'archevêque Egbert de Trêves (977-993). Sur 220 lettres de la correspondance de Gerbert, 54 sont écrites par Gerbert au nom d'Adalbéron, 3 au nom de son successeur Arnoul et 2 en son propre nom.5 Dans ces lettres il est question de cadeaux que l'on se fait en particulier de manuscrits. Dans une lettre datée de 987, Adalbéron écrit: „Faites que celui qui doit rapporter nos livres soit porteur d'un Sacramentaire élégamment rehaussé d'or car le plus vite possible en retour... nous vous ferons déposer un volume d'une qualité nullement inférieure!" Dans la lettre 132 en post-scriptum, il est dit: „Restituez-nous par message fidèle notre manuscrit". On sait qu'Egbert a fait travailler des copistes pour son monastère de Saint-Maximin ou pour sa cathédrale. Mais Egbert a également une école. Dans la lettre 13, Gerbert installé comme abbé au monastère de Bobbio en 983 écrit: „Si l'envoi vers nous en Italie d'étudiants confirmés (scholastici) est l'objet de vos interrogati¬ ons notre attitude est ouverte : nous louerons ce que vous louerez, nous proposerons ce que vous proposerez." On sait que les échanges d'étudiants entre Germanie et Italie étaient fré¬ quents. Non loin de Trêves, à quarante kilomètres sur la Sarre, est situé le monastère de Mettlach réformé par l'anglo-saxon Leofsin que nous retrouverons à Echternach. Gerbert est en rela¬ tion avec les moines de Mettlach, un des grands centres culturels de la Lotharingie.6 En effet Mettlach a été illustré par l'abbé réformateur Ruothvic (941-975) qui, selon les miracula sancti Liutwini, fit acheter des livres et en fit copier d'autres. Le chroniqueur continue en disant que l'abbé fait observer la règle bénédictine: „Il fit travailler une multitude d'enfants et d'adolescents dans tous les exercices littéraires. Il nomma comme maître Germanus", et ajoute-t-il: „Il en envoya deux à Reims à l'évêque Gerbert pour qu'ils s'instruisent des disci¬ plines profanes". Il nomme Niso, disciple de Gerbert qui succéda à Ruothwic mais mourut très jeune. Ce Niso n'est autre que Nithard, correspondant d'Adalbéron et de Gerbert. Dans 3 Gerbert d'AurilIac, Correspondance, ed. et trad. par P. Riche et J.P. Cal lu, 2 vol. „Les Belles Lettres" Les Classiques de l'Histoire de France au Moyen Age, Paris 1993. 4 P. Rie hé, Gerbert d'AurilIac pape de l'an mil, Paris 2e ed. 1990. 5 P. Rie hé, „Les relations entre les archevêques de Reims et de Trêves à la fin du Xe siede" dans Les pré¬ lats l'Eglise et la société XI e XVe siècles (Hommage à Bernard Guillemain) Bordeaux 1994, p. 25-28 6 S. F lese h, Die monastische Schriftkultur der Saargegend im Mittelalter, Saarbrücken 1991, p. 44 et s. 170