Philippe Truttmamn Fortification, Urbanisme et Architecture sous Louis XIV ou la Place de Sarrelouis dans l’œuvre des Ingénieurs Militaires. Résumé. L’année 1667 marque pour Vauban la fin des rudes années d’apprentissage qui duraient depuis 1655, jalonnées des sièges et de séjours dans les places comme ingé¬ nieur subalterne. Avec l’adoption de son projet pour la Citadelle de Lille, contre celui de Clerville, Commissaire Général des Fortifications, commence pour ce capitaine de 34 ans une nouvelle phase de carrière qui le mènera au faîte de la hiérarchie, début d’une œuvre aussi extraordinairement féconde que diversifiée. — Les origines du « Ier Système » A l’époque, le système bastionné, apparu près de cent cinquante ans plus tôt comme parade de la défense à la « crise >» du boulet métallique, est de pratique courante depuis un bon siècle. Après les premières réalisations des Italiens, des ingénieurs émi¬ nents comme Specklé (1589), Errard de Bar-le-Duc (1594), De Ville (1629), Freitag (1630), Pagan (1645) théoriciens et praticiens, avaient accumulé études et solutions, et élaboré de nombreuses variantes selon lesquelles s’étaient construites les forteresses d’Europe Occidentale. Ce qu’on appelle le « 1° système » de Vauban, c’est à dire le tracé géométrique du front élémentaire qu’il appliquera à la majorité des places Fran¬ çaises, dont Sarrelouis, est, en fait, une synthèse personnelle et originale combinant des éléments puisés dans les systèmes antérieurs. — Les progrès de l’attaque Ce sont surtout les historiens et les spécialistes qui sont, aujourd’hui les plus à même d’apprécier les progrès considérables que Vauban fit faire à la guerre du siège et qui constituent, dans son œuvre, un aspect déterminant bien que moins connu, faute de vestiges visibles, et pour cause. De fait la plupart des sièges entrepris dans les trois premiers quarts du XVIIe Siècle se caractérisent par l’immobilisation de l’artillerie dans des redoutes construites à limite de portée utile, des cheminements non reliés entr’eux et très vulnérables aux sorties. Il en résulte des délais extrêmement longs et des pertes considérables : malgré les travaux immenses des lignes de circonvallation et de contrevallation, le succès n’est dû le plus souvent qu’à la famine (La Rochelle) ou à une brèche obtenue à la mine (La Mothe 1634—1645). Or en 1668, Vauban a déjà l’expérience amère de près d’une vingtaine de sièges, dont certains lui ont laissé un souvenir particulièrement douloureux, d’où son souci de sortir l’attaque de l’ornière où elle stagne, de gagner en efficacité tout en réduisant les pertes en vies humaines. Son élévation dans la hiérarchie, le soutien confiant du Roi, vont lui donner la possibilité de mettre au point et d’appliquer une méthode ra¬ tionnelle, jalonnée par les sièges de Maestricht (1673 : application des parallèles) Philippsbourg (1688), Ath (1697 : mise au point du tir à ricochet) permettant de faire 155