En effet, ce n’est qu’à partir de l’arrivée des Bourbons sur le trône d’Espagne que l’on peut parler d’une vraie politique de castillanisation: en effet, les Catalans ayant, dans la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714) pris parti en faveur du prétendant autrichien, les décrets dits de „Nueva Planta“ du nouveau roi (1707-1716) vont porter des coups décisifs à la langue catalane et à son usage, tant dans l’administration, le droit que l’enseignement. „Le but recherché, et officiellement proclamé, est la castillanisation de toutes les populations hispaniques ; autrement dit, l’assimilation de tous les territoires de la couronne et leur intégration dans une tâche commune proclamée et orientée par la Castille qui demeure le pivot de la monarchie“ (Rossinyol 1974: 3). Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que l’on va assister à la „renaissance“ du catalan en Catalogne (au sens de „Principat“) avec l’extraordinaire mouvement de la „Renaixença“, qui en gros se situe entre la publication de la fameuse „Oda a la Pàtria“ de Caries Aribau, en 1833, et la restauration des anciens „Jocs Florals“, en 1859. Les conséquences positives s’en font encore sentir au¬ jourd’hui. Sur le plan politique, il conviendrait de citer deux malheureuses tentatives de gouvernement autonome de la Catalogne: - la „Mancomunitat“ (1914—1925), essai d’administration utilisant le catalan dans la gestion interne. Elle fut interrompue par la dictature du général Primo de Rivera; - la première „Generalitat“ (1932-1939): fondée sous la deuxième République, qui accorda un statut officiel au catalan, notamment dans l’enseignement et les médias (presse et radio), celle-ci prit officiellement fin avec la victoire des troupes du général Franco (en dépit du maintien d’un gouvernement en exil auquel participa Pompeu Fabra lui-même). Parallèlement, des efforts étaient réalisés afin de restaurer la langue et la culture catalanes: citons le „Primer Congrès Intemacional de la Llengua catalana“, de 1906, et surtout, en 1907, la fondation du fameux „Institut d’Estudis Catalans“. De leur côté, deux philologues catalans fournissaient des instruments de travail et de référence, dictionnaires et grammaires, pour les usagers de la langue: Antoni Maria Alcover (1862-1932) et surtout Pompeu Fabra (1868-1949). La fin de la guerre civile, en 1939, marque bien, selon l’expression d’Antoni Maria Badia i Margarit, ,,1’heure zéro“ du catalan (Badia i Margarit et Straka 1973: 384). La survie même du catalan en tant que langue va être mise en question par une politique de répression systématique, qui ne commença à se relâcher que vers les années 50. Jusqu’en 1946, tout livre en catalan était 168