monuments érigés par les nazis, les inscriptions ou les aigles avec croix gammée qu’ils avaient portés sur des édifices préexistants ainsi que les monuments élevés aux Alsaciens ayant combattu dans l’armée allemande en 1914-1918. De même, chargés de modifier certains noms de rues, les officiers-architectes agissent avec modération: Lisch par exemple suggère que les SedanstraBe ne soient pas débaptisées. La contribution des architectes du Gouvernement Militaire à la dénazification se borne aux initiatives qui viennent d’être décrites; il n’y a pas d’intervention spécifique sur les édifices construits sous le IIIe Reich, même conçus comme des manifestes d'architecture nationale-socialiste,21 L’architecture n’étant pas en elle-même porteuse de signification idéologique, seuls sont éradiqués les signes qui font immédiatement sens: inscriptions et emblèmes nazis. L’activité architecturale du Bureau de l’architecture De peu d’ampleur, elle concerne des domaines circonscrits et se trouve en concurren¬ ce avec celle que mène le conseiller artistique du Général Koenig, Albert de Jae- ger*.22 Néanmoins, le Bureau organise quelques concours (pour l’aménagement du Deutsches Eck à Coblence, pour un théâtre provisoire à Fribourg), étudie, à la demande de la Direction des Personnes Déplacées, des projets de cimetières de regroupement français (à Neustadt, Offenburg, Landau, Spire), réalise le décor de certaines réceptions ou cérémonies organisées par les forces françaises d’occupation. En outre, il est appelé à exercer un contrôle sur le réaménagement du château de Rastatt, pour le Tribunal Général du Gouvernement Militaire, du Neues Schloss de Meersburg pour l’Ecole d’Aviation d’Appui Direct, sur le projet d’oratoire pour la résidence à Baden-Baden de Mgr Picard de la Vaquerie, aumônier général de la ZFO, sur la synagogue militaire à Baden-Baden. Il mène les travaux de remise en état de nombreuses salles de spectacle et églises dans les cercles. La plupart des projets élaborés par les officiers-architectes restent toutefois sur le papier, et les réalisations concernent l’aménagement de bâtiments existants. Un dernier aspect de l’activité du Bureau d’architecture concerne les monuments commémoratifs. Il s’agit d’une part de restaurer et mettre en valeur les monuments à la gloire des Français illustres tombés au cours des guerres de la Révolution et l’Empire sur cette rive droite du Rhin: monuments Turenne à Sasbach et Marceau à Hôchstenbach, ainsi que d’en élever de nouveaux: un concours est lancé pour un nouveau monument Marceau à Coblence et une statue du Maréchal Ney érigée à Sarrelouis. Mais il faut d’autre part commémorer les victoires militaires récentes, et 21 A titre d’exemple, Robert Renard, officier-architecte de la Sarre, ne s’indigne nullement que le Stadttheater de Sarrebruck, construit par les nazis, ait fait l’objet de mesures conserva¬ toires. G.M. Sarre, Rapport mensuel Beaux-Arts, septembre 1946, AOFAA, AC/RA 696, 5, 12. 22 Sur ce point, voir les analyses de Jean-Louis Cohen dans le rapport de recherche "Les relations franco-allemandes 1940-1950 et leurs effets sur l’architecture et la forme urbaine", à paraître. 343