Deux idées et pratiques nouvelles influenceront d’une manière décisive la naissance de la cité-jardin de Stockfeld: le mouvement des coopératives d’habitat et le mouve¬ ment associatif dit Lebensreform, ce courant de réforme sociale qui traverse alors la société urbaine du Mitteleuropa et qui pense que la forme urbaine et d’habitat autre que celle de la Großstadt, la grande ville, peut exercer une influence décisive sur la société et sur le mode de vie.* 3 La Deutsche Gartenstadtgesellschaft, la Société Alle¬ mande des Cités-Jardins, fondée à Berlin en 1902, a été profondément influencée par ces idées et pratiques. Et la Ville de Strasbourg opte déjà cinq ans après la fondation de la Deutsche Gartenstadtgesellschaft pour la création d’une cité-jardin. Au moment de l’émergence de l’idée de créer une cité-jardin à Strasbourg, le parti libéral protestant dirige la ville avec l’assentiment et la collaboration de la majorité des deux communautés urbaines de la capitale. Le parti social-démocrate est dans l’opposition, mais il représente plus de 40% des électeurs et des conseillers munici¬ paux. Il symbolise et pratique l’unité de la classe ouvrière des deux communautés, à l’image de ses deux leaders, le Badois d’origine, Bernhard Boehle (1866-1939), ouvrier cordonnier, fondateur de la section strasbourgeoise de la SPD, grand patron des syndicats libres, et l’Alsacien typographe Jacques Peirotes (1869-1935), le futur maire socialiste après 1918. Boehle sera membre fondateur et dirigeant de la Gemeinnützige Baugenossenschaft, la Société Coopérative des Logements Populaires de Strasbourg (SCLP), fondée en 1899, qui construira la cité-jardin de Stockfeld. Les principaux affrontements politiques pour le pouvoir municipal entre les groupes politiques ne sont, par conséquent, pas interethniques, mais sociaux et de classe. Un des terrains d’affrontement est la question urbaine et du logement d’une part et la question sociale d’autre part; et le grand enjeu politique est alors de trouver comment soulager la misère des classes laborieuses, notamment par l’amélioration de leurs conditions de logement.4 été faite par Philippe Fritsch in: Yves Grafmeyer, I. Joseph, L’Ecole de Chicago, Aubier- Champ urbain, Paris 1979. 3 "Dans la classe moyenne cultivée de l’ère wilhelmienne, les Allemands ’pessimistes en matière de civilisation’ se rassemblaient en petits cercles pour discuter. Le système de la grande ville tel qu’ü existait leur faisait craindre le ’déclin de l’Occident’ (Untergang des Abendlandes) et ils cherchaient à résoudre par la Réforme la ’question sociale’ devenue pressante pour la nation. Vêtements, danse, habitat, ville, bref la Vie devaient être réformés." (Franziska Bollerey, Katharina Hartmann, Les cités-jardins, Lebens-Reform, Heller-Au, in: Architecture en Allemagne, 1900-1933, Catalogue d’Exposition, Centre Georges Pompidou, Paris 1979, p. 34). Voir aussi: les mêmes auteurs, Der neue Alltag in der grünen Stadt. Zur lebensreformerischen Ideologie und Praxis der Gartenvorstadtbewegung in: Kunst und Alltag um 1900, Werkbund-Archiv-Jahrbuch 3, Gießen-Lahn, 1978; Le premier petit cercle qui a propagé en Allemagne l’idée de la cité-jardin a été la Neue Gemeinschaft, la Nouvelle Communauté, fondée en 1902 à Berlin, sous l’influence des travaux d’Ebenezer Howard, notamment par les frères poètes Hart, le peintre Fidus et le naturaliste Bölsche. 4 Léon Strauss, Jean-Claude Richez, François Igersheim, Stéphane Jonas: Jacques Peirotes et le socialisme en Alsace 1869-1935, BF Editions, Strasbourg 1989; François Igersheim, L’Alsace des notables 1870-1914, BF Editions, Strasbourg 1981. 200