souvent sœurs de Saint-Jean-de-Bassel, destinées à aider les plus démunis mani¬ festaient clairement un souci de l’individu, pris isolément, qui n’apparaissait pas avec autant de netteté auparavant. On peut même se demander si dans l’intention de Jean- Martin Moyë de privilégier les plus petits villages et les plus humbles des fidèles il n’y avait pas cette volonté de montrer que Dieu se préoccupe de chacun d’entre nous et que la conversion est un acte éminemment individuel. En agissant ainsi le mission¬ naire du pays de Sarrebourg ne se distinguait pas seulement de ses précédesseurs de l'époque baroque il rejoignait aussi les penseurs de l’Aufklàrung, catholiques, prote¬ stants et athées qui faisaient de l’Homme et de son plein épanouissement l’objet pri¬ mordial de leurs préoccupations. Il ne faut pas faire de Jean-Martin Moyë en Lor¬ raine, ou d'Antoine-Sylvestre Receveur en Franche-Comté, d’Alphonse de Liguori au pays de Naples et de bien d’autres encore des attardés de la réforme posttriden- tine43. Ils furent, au contraire, les prophètes et déjà les architectes inspirés d’une nou¬ velle chrétienté. S’il n’est pas possible, dans l’état présent de la documentation, de dresser un tableau complet des missions dans le pays de Sarrebourg aux XVIIe-XVIIIe siècles, leur place dans le processus de diffusion des comportements catholiques apparait néan¬ moins considérable. Conçues tout d’abord selon l’esprit de la contre-réforme et limitées à la zone de contact entre catholiques et protestants, elles s’étendirent, au XVIIIe siècle, à l’ensemble de la région jusqu’aux paroisses les plus modestes visitées systématiquement au temps de Jean-Martin Moyë. Dans le même temps, elles changèrent de statut. D’agents de conversion, c’est-à-dire de changement de confes¬ sion après l’abjuration de ce qui était considéré comme l’hérésie, elles devinrent les instruments privilégiés du perfectionnement du chrétien, pris individuellement comme enfant de Dieu. L’ampleur du mouvement au cours des deux derniers siècles de l’Ancien Régime, avec ses prolongements au XIXe siècle, la qualité exceptionnelle des hommes employés à ces tâches invitent à penser que dans cette action continue réside peut-être une des explications de l’attachement, jusqu’à nos jours, des habi¬ tants de la Lorraine orientale à un christianisme pratiqué avec ferveur. 43 Sur Sylvestre Receveur, Mgr. Fourier Bonnard, Le vénérable Père Antoine-Sylvestre Receveur, fondateur de la retraite chrétienne (1750-1804), Lyon-Paris, E. Vitte, 1936,444 p. 224