1° Au XVIIe siècle, missions et Contre-Réforme Le collège des Jésuites de Bouquenom fondé en 1630 et le couvent des Tiercelins de Lixheim (1657) étaient des fondations des ducs de Lorraine faites dans l’intention bien affirmée de rétablir le catholicisme dans cette partie de leurs Etats où la Ré¬ forme avait pris racines7 9. Le mot «collèqe» ne doit pas faire illusion. D'ailleurs, à ses débuts, (en 1629) ce très modeste établissement ne portait pas ce nom mais celui beaucoup plus exact de mission. Ce terme dans le vocabulaire de la Compagnie de Jésus désignait un établissement situé dans un pays à convertir (ici protestant) ou à sa proximité immédiate. Il s’agissait de constituer un centre d’apostolat catholique d’où partaient les trois ou quatre religieux qui y demeuraient pour distribuer les sacre¬ ments et instruire les catholiques des environs, et parfois prêcher aux luthériens en réfutant leur doctrine. Ce qui s’observait en Lorraine était fort répandu dans toute l’Europe, dans les régions où une situation comparable à celle qui a été décrite se retrouvait. II y avait donc des missions en grand nombre, en Hollande, en Franconie, en Allemagne du Nord, en Poméranie, en Silésie pour ne citer que quelques exem¬ ples. Lorsque l’année suivante la mission devint collège, la fonction principale de l’établissement ne fut pas modifiée. Elle fut seulement enrichie d’une activité supplé¬ mentaire considérée elle aussi comme apostolique, l’éducation. La carte n° 1 révèle combien vite se répandirent les Jésuites, dès 1630, dans les vil¬ lages des environs de Bouquenom*. C’était l’application stricte, par le duc de Lor¬ raine, du célèbre principe cuius regio eius religio. Il n’est pas interdit de comparer avec ce que l’empereur pratiquait à la même époque en Bohême et en Silésie. Les religieux se trouvaient-ils accompagnés, comme en Europe de l’Est à la même épo¬ que, de soldats qui n’hésitaient pas à user de violences pour contraindre les habitants à la conversion ou à céder leur temple aux catholiques? Les sources, trop lacunaires pour cette époque, n’apportent guère d’éclaircissements. Elles révèlent seulement que ces premières installations dans les villages de la région de Bouquenom furent de courte durée puisque, dès 1633, avec l’occupation des troupes de chefs protestants, tout fut remis en cause. Après la paix de Westphalie, les comtes de Nassau-Sarre - bruck se trouvèrent rétablis dans la plupart de leurs possessions tandis que le duc de Lorraine dut se contenter de Bouquenom". Les Jésuites se contentèrent de desservir les quelques petites communautés catholiques disséminées dans la région10. Entre¬ temps un changement était intervenu. Alors qu'au début, dans les années 1630, les pères missionnaires venaient du collège de Nancy, bien vite suppléés par des confrè¬ res issus de collèges établis en pays germanophone (Luxembourg ou Trêves), à la fin de la guerre de Trente ans, Bouquenom fut rattachée à la province S. J. du Rhin 7 Informations sur les origines de ces deux établissements dans Pierre Delattre, S. J., op. cit. T. I, col. 840-846 (Jésuites de Bouquenom) et AD MM 9 B 86 (Tiercelins de Lixheim), Jac¬ ques-Henri Heck art. cit. 8 D’après Joseph Levy, Notes sur l’ancien archiprêtré de Bouquenom (Sarre-Union), extrait de Revue catholique d’Alsace, Rixheim, 1895,41 p. 9 Delattre, op. cit., T. I, col. 848. 10 idem; Levy, op. cit. 213