affermaient la monnaie et les salines, c’est-à-dire les vraies sources de richesse de l’église messine. Cette reprise en mains de la féodalité épiscopale fut en fait un baroud d’honneur. On ne voit pas que les hommages aient été suivi de services d’ost et de conseil. Si la vas¬ salité était réelle, elle ne pesait pas en fait sur les vassaux, qui disposaient d'autres fiefs et avaient de nombreux autres seigneurs, qui étaient des seigneurs maîtres de leur politique. Les évêques avaient beaucoup de mal à intervenir dans la politique de leurs vassaux. La fin du XIIIe siècle fut marquée par des guerres de succession, dans lesquels intervinrent les princes laïcs dont les vassaux étaient communs avec ceux de l’évêque, affaires de Sarrebruck et de Blieskastel. L’évêque Laurent de Lichtenberg essaya de s’en tirer tant bien que mal, il le fit plutôt mal que bien. Toute une cou¬ ronne de fiefs messins furent près de se détacher de la grande principauté épiscopale: Apremont, Commercy, Salm, Sarrewerden, Blieskastel, Kirkel, Deux-Ponts, Sarre¬ bruck, Hombourg, auxquels s’ajoutaient une foule de petits fiefs confiés à des sei¬ gneurs et des chevaliers. Il n’est pas possible de suivre en détail une histoire compli¬ quée où tout s’enchevêtre. Un seul élément nous paraît significatif. Si l’on dénombre vers 1250 les châteaux qui devaient directement ou indirectement relever de l’évêque comme seigneur et suzerain, on peut approcher le chiffre de 80; or en 1296 Bouchard d'Avesnes, confiant à Godeman de Torcheville les forteresses de sa principauté en énumère seulement 18. C’étaient les points forts définitifs de l’évêché ou du moins ce qu’il en restait: Condé aux portes de Nancy, que convoitaient le duc et le comte de Bar, Epinal, devenu ville, Rambervillers, Deneuvre, Moyen, les châteaux du Saulnois. C’est l’époque où l’évêque retrouva un réflexe perdu depuis l’époque franque, l’acca¬ parement de l’abbatiat de Gorze pour en absorber les ressources. Déjà il lui avait fallu se battre contre le comte de Salm, qui voulait à son seul profit exploiter des sali¬ nes à Morhange et des mines de fer au Framont. A ce jeu l’évêque était perdant, car il ne pouvait se transformer constamment en homme de guerre et en politicien. Le patrimoine demeurait fort si l’évêque l’était, mais l’inverse pouvait aussi se dire. La gestion du patrimoine se précisa et suivit les voies tracées depuis la France; l’évêque se fit aider d’un bailli et mit en place des prévôts, lesquels remplaçèrent les châtelains et les avoués du XIIe siècle. On s’achemina lentement vers une administra¬ tion directe assurée par des agents choisis pour leur capacité et non plus par des vas¬ saux plus ou moins dociles. A cette date l’évêché avait stoppé son déclin et il allait conserver longtemps ce qu’il avait réussi à sauver du naufrage féodal. Au début du XIVe siècle, l’évêque se battit encore pour conserver ses salines face au duc qui entendait s’installer en plein Saulnois et parvint à s’incruster à Château-Salins. Il s’était réfugié à Vie où il avait sa chancellerie. Quand il se mêla aux participants de la Commune Trêve de Lorraine en 1343, il avait une place encore forte, qui lui donnait la prééminence sur ses pairs de Toul et de Verdun et il parlait d’égal à égal avec le duc et le comte de Bar; il contrôlait encore les villes de Sarrebourg, d’Epinal, de Vie et de Marsal. Il avait perdu la cité, qui était restée un centre vital de ia Lorraine, mais aux mains des patriciens. Tel qu'elle était alors, telle allait se maintenir la principauté messine, pour constituer un des principaux éléments des futurs Trois-Evêchés. 81