L’évêque n'a pas inféodé tous ses biens. Dans beaucoup de cas, pour beaucoup de châteaux assez proches de la cité ou peut-être facilement contrôlables il a choisi la solution de l'avouerie, pour les châteaux, pour les abbayes et les prieurés. Et ces avoués, qui sont en fait des châtelains, ne parviendront pas à transformer leurs fiefs en biens de familles, même si leur fonction fut d’emblée héréditaire. L’évêque avait donc choisi une gestion double, celle de fiefs et celle de seigneuries directes. On ne doit pas oublier dans ce panorama la place tenue par la cité. L’évêque en était devenu peu à peu le maître absolu au Xe siècle. A la différence de certaines cités françaises, il n’avait auprès de lui aucun seigneur ou comte concurrent, qui pût dres¬ ser un château contre sa résidence. La cité fortifiée était la résidence de l’évêque et il n’y avait de tours que celles de l’enceinte. La cité était un centre économique impor¬ tant, le premier de Lorraine. Elle généra une classe de bourgeois, commerçants et artisans, qui réclamèrent de plus en plus de libertés pour gérer ieurs affaires, furent dirigés par un maître échevin, puis créèrent des institutions dont ils étaient les maî¬ tres. Après une longue période de gestation et de prudence (peut-être obligée), les choses se précipitèrent et dans le premier tiers du XIIIe siècle la bourgeoisie messine et l’élite des paraiges parvinrent à rejeter l’autorité de l'évêque et à s’emparer des leviers de commande, politiques, économiques, militaires, judiciaires. Sur tous les plans alors, l’évêque recula. B. Les méfaits de la féodalité. L’épiscopat de Bertram (1180-1212) est marqué par les progrès réalisés par la bour¬ geoisie messine. L’évêque continue de s’occuper de ses châteaux, il participe même à des opérations militaires contre le comte de Bar. Conrad, chancelier de Frédéric II, évêque de Metz et de Spire à la fois, n’eut guère le temps de défendre la position épiscopale. Jean d’Apremont qui lui succéda en 1224 et avait abandonné le siège de Verdun pour celui de Metz fut confronté très vite aux ambitions du duc et des com¬ tes. Il fit la guerre aux bourgeois et aux princes laïcs, il ménagea une politique matri¬ moniale destinée à lier Sarrebruck et Apremont à Metz. Il sut récupérer les fiefs mes¬ sins que les comtes de Dabo détenaient depuis longtemps et qui tombèrent en quenouille. Avec Jacques de Lorraine, évêque de Metz de 1139 à 1160, pour la pre¬ mière fois on a le sentiment de se trouver au centre des problèmes féodaux. Il se com¬ porta en véritable seigneur, exigeant les hommages de ses grands vassaux et rappe¬ lant ce qu’étaient les fiefs de l’évêché. Le cartulaire de l’évêché contient enfin des actes d’hommage, et il y en eut sans doute plus que ceux qu’on peut y lire. A cette occasion, il est possible de vérifier quels étaient les grands vassaux, comtes et seigneurs déjà nommés, héritiers des premiers vassaux de l’évêque au XIe siècle, ou membres de leurs branches cadettes. Quant au cœur du diocèse il tenait bon, ou à tout le moins semblait tenir bon. Mais la cité échappait presque totalement au prélat, qui allait se réfugier de plus en plus souvent dans la ville de Vic-sur-Seille, en atten¬ dant d’y demeurer en permanence, chassé de la ville dont les riches bourgeois lui 80