Jean-Louis Küpper NOTGER DE LIÈGE. UN ÉVÊQUE LOTHARINGIEN AUX ALENTOURS DE L'AN MILLE Au Professeur Karl Ferdinand Werner, nous dédions ces pages. «Notger est une des plus remarquables figures du Xe siècle. Dans cette série de prélats qui furent à la fois des hommes d'Etat distingués et des pasteurs d'âmes dignes de leur mission, il occupe un des premiers rangs. La politique civilisatrice des empereurs de la maison de Saxe ne connut pas d'instrument plus intelligent. Quatre voyages en Italie à leur service et d'innombrables séjours à leur cour attestent combien ils l'estimaient et combien peu ils se passaient de lui. Ils n'eurent pas de serviteur plus fidèle; il sauva le trône d'Otton III, il fut le négociateur de la paix entre Henri II et le roi de France; on le trouva toujours sur la brèche quand il s'agit de défendre leurs intérêts, et c'est en grande partie à lui qu'est dû l'affermis¬ sement du pouvoir impérial dans nos provinces.» «Prince-évêque de Liège, il a créé sa principauté. Sans guerres, sans intrigues, il a acquis un domaine considérable, comprenant des villes, des abbayes et deux comtés entiers [...]. Il n'y a pas une tache sur sa robe de prêtre, il n'y a pas une souillure sur sa réputation d'homme d'Etat.» Ces quelques phrases proviennent de la conclusion du travail remarquable - et par son érudition et par sa largeur de vues - que l'historien Godefroid Kurth, en 1905, consacrait à Notger de Liège et la civilisation au Xe siècle.1 L'évêque Notger occupa le siège épiscopal de Liège depuis l'année 972 jusqu'en avril 1008.2 II doit être tenu, sans la moindre hésitation, pour une des personnalités les plus remarquables de l'histoire du pays de Meuse. Toutefois, de la carrière de ce prélat d'excep¬ tion, Kurth nous proposait une vision „romantique" dont il conviendrait de se départir. Nous n'avons pas l'ambition, en quelques pages, de retoucher l'ensemble du portrait de l'évêque liégeois: ce serait là l'objet de tout un livre que nous espérons pouvoir un jour écrire. Il nous suffira, dans le cas présent, de rassembler en quelques pages les résultats pro¬ 1 2 vol., Paris-Bruxelles-Liège, 1905 (réimpr, anastatique, Bruxelles, 1982). Passages cités: t.l, p.356-357. 2 Les principales sources narratives relatives à son épiscopat sont: ANSELME, Cesta pontificum Tun- grensis, Traiectensis s/Ve Leodicensis aecclesiae, ch.25-30, M.C.H., SS., t.VII, p.203-206 (achevées en 1056) et la Vita Notgeri episcopi Leodiensis, éd. G. K U RTH, Notger de Liège, t.Il, p. 10-15 (écrite avant 1185 sur la base de documents perdus datant du Xle siècle).- Cfr j.-L. KUPPER, dans Series episco¬ porum Ecclesiae catholicae occidentalis, Ser.V, Germania, t.l, Archiepiscopatus Coloniensis, Stuttgart, 1982, p.67-68,- ID., Notker, Bischof von Lüttich, dans Lexikon des Mittelalters, t.VI, 6, Munich et Zurich, 1993, col.1288-1289 (avec bibi.). 143