solennellement les armes qui en faisait un adulte; il n'avait alors que 14 ans.33 Point n'était besoin de se faire couronner une seconde fois, sauf s'il s'emparait d'un nouveau royaume, comme le dit Hincmar. Donc Charles ne considère pas qu'il agrandit sa part, mais il repro¬ duit le geste de Charlemagne conquérant la Lombardie et prenant le titre de roi des Lom¬ bards. Il ne se contenta pas de s'installer militairement dans le pays, il prit la couronne. Quelle couronne? Devenir roi d'un pays devrait s'accompagner de la réception des insignes royaux du pays, ce qui ne fut pas le cas. En outre Charles le Chauve reçut la couronne à Metz, qui n'était pas vraiment la capitale du pays, mais un lieu carolingien par excellence, à deux pas de l'église où reposaient son père Louis et son oncle Drogon. A Metz, en terre romanophone, il était loin d'une réaction pos¬ sible de son frère qu'on disait malade, et dont les fils bataillaient contre les Slaves. Puis il convoqua ses fidèles pour la Saint Martin à Gondreville, près de Toul, attendit encore avant d'aller à Aix, où il devait craindre des réactions. Il se sentait en sécurité dans la province de Trêves, mais ne voulait pas aller trop vite du côté du Rhin. C'est de Mayence et de Cologne que partit en effet la réaction. Louis le Germanique, attentif à tout ce qui se passait et bien informé, se manifesta enfin et réussit à mettre en place à Cologne un homme choisi par lui. Dans cette opération il avait autour de lui le prélat de Mayence et des grands de son entourage, face aux évêques des provinces de Trêves et de Reims.34 C'est en fait l'affrontement du groupe allemand et du groupe français. b. La Francia media déchirée 870 fut la première année d'une longue série, marquée par les avatars du royaume de Lothaire. Les prétentions de Charles à l'héritage de Lothaire étaient doublement contestées: par son frère Louis le Germanique, de façon énergique, et par son neveu, Louis II roi d'Ita¬ lie et empereur, dont les intérêts furent défendus par des délégués du pape. Personne ne tint compte des réclamations du neveu, mais Charles dut composer avec son frère et accepter en août 870 l'annulation des décisions de Verdun et une redistribution du pays. Grosso modo, la moitié orientale était donnée à Louis, la moitié occidentale à Charles. Cependant Louis obtenait un couloir d'accès en direction de la France et de Langres de façon assez étonnante. Ce partage de Meersen est intéressant puisqu'il a permis d'avoir une description du royaume de Lothaire, mais il n'eut d'effet qu'un temps très court. En 876, Louis le Germanique mourut le 28 août et l'insatiable Charles le Chauve voulut récupérer la totalité du pays. Le titre impérial qu'il avait reçu l'année précédente ne lui suf¬ fisait pas. Il fut contré à Andernach par Louis le Jeune, fils de Louis le Germanique. Charles le Chauve n'était pas un foudre de guerre, c'était un homme du tapis vert comme on dirait aujourd'hui, pas un chef d'armée, ni un conquérant. Il était sur ce point beaucoup moins vaillant que son frère Louis le Germanique ou son neveu Louis le jeune. Il savait mieux con¬ vaincre les hommes, promettre, calculer. Et puis en 876, à 53 ans, il avait derrière lui une 33 Quellen (cf. note 6) erster Teil, p. 366: corona regali caput insignivit. 34 PARISOT, op. cit., p. 359. 40