d’encasernement. Par conséquent, nous ne manquons pas de matériel statistique. D’autre part, il est évident que la capacité théorique d’encasernement ne signifie pas l’effectif réalisé de la garnison. Et pour le connaître, il faut utiliser les ordres de service du Secrétariat d’Etat à la Guerre qui décident, chaque année, que telle garnison aura quatre bataillons, deux escadrons, un bataillon etc. Pour déterminer le volume annuel d’une garnison, il faut confronter à tout instant l’effectif théorique et réalisé de cha¬ cune des unités, car, à un moment donné, quatre bataillons représentent tant d’hom¬ mes et, l’année d’après, s’il y a eu une réforme entre temps, beaucoup plus ou beau¬ coup moins. J’ai tenu compte de ces paramètres pour proposer quelques chiffres glo¬ baux qui me semblent recevables. Au sujet du pouvoir d’achat potentiel d’une grande unité, là encore il faut prendre en compte diverses séries de chiffres : les soldes des hommes de troupe, des sous-offi¬ ciers etc. Mais l’administration militaire avait fait d’excellents calculs à certains moments. A la limite, j’ai plutôt eu tendance à minorer les chiffres que j’ai obtenus par calcul qu’à les exagérer, simplement par prudence. Par conséquent, ce que j’ai proposé représente plutôt des minima. En ce qui concerne la prospérité des Trois-Evêchés au XVIIF siècle, je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce point de vue, parce que l’œuvre de Colbert et de ses suc¬ cesseurs se caractérise, certes, par la constitution d’un « marché national », mais il ne concerne que le « vieux royaume » et particulièrement sa partie centrale qui est inté¬ grée dans ce qu’on appelle « les cinq grosses fermes ». Or, ce que j’appelle le « Nouvel Est » du royaume, qui a été constitué morceau par morceau au cours du XVIIe siècle et même au cours du XVIIIe siècle, n’a jamais été parfaitement intégré à ce « marché national » de type colbertien. Par conséquent, les véritables rythmes économiques des espaces lorrain et alsacien dépendent autant du monde germanique et du monde ba- tave que du monde français. Il y a dans ces « pays d’entre deux », des réseaux écono¬ miques différentes des réseaux français, même si à partir des années 1730, les grandes institutions françaises essaient de s’y implanter, je pense particulièrement à la Ferme générale. La vie économique des garnisons se déroule donc dans un espace économi¬ que différent de celui défini par Colbert et ses successeurs. 223