hôpitaux, les corps de garde, les logements de fonction des officiers des états-majors des places, bref tous bâtiments sans rapport direct avec la fortification proprement dite, mais qui, désormais vont en constituer le complément habituel. Les points singuliers du rempart proprement dit : portes de ville, échauguettes d’an¬ gle et portes d’eau, conservent leur fonction traditionnelle dans le système de défense, avec tout l’arsenal de dispositifs hérités du Moyen âge : ponts levis, herses, lourdes portes successives. Mais leurs ornements, remis au goût du jour et centrés exclusive¬ ment sur les attributs royaux, constituent à chaque entrée du domaine le témoignage prestigieux de la puissance du Souverain : cette volonté de rayonnement artistique vers l’étranger est clairement exprimée dans nombre de projets ou de pièces de corres¬ pondance — Place de Sarrelouis dans l’œuvre des Ingénieurs du Roi Sans parler des dizaines de places existantes, refondues, améliorées ou renforcées dans le dernier tiers du XVIIe siècle, le Corps des Ingénieurs du roi, qui acquiert sous Vauban ses structures, sinon son statut, porte la paternité de neuf villes entièrement neuves réalisées de toutes pièces, fortifications, casernes, église, habitations, cités « clefs en main » créées en 1679 et 1697 pour combler les vides d’un dispositif straté¬ gique global qui commence enfin à se structurer pour de bon. Sarrelouis appartient à la première « tranche » de chantiers lancés en 1679—80 dès la paix de Nimègue et qui, avec Longwy, Phalsbourg et Huningue vise, Montlouis mise à part, à l’encercle¬ ment de l’irréductible Lorraine face à l’Empire. Si la volonté politique de son origine est indiscutable, les parts respectives de Vauban et de Choisy dans le choix du site et la conception de l’ensemble sont moins faciles à discerner. Quoiqu’il en soit, la large plaine du lit majeur de la Sarre offre toute liberté au dessin d’un hexagone presque parfait. Le front bastionné de 350 m environ, type même du fameux 1° système, y constitue le module de base du périmètre défensif lui même lié à la surface intérieure constructible, donc au nombre d’habitants, par des règles précises. La ville elle-même, tracée en plan orthogonal, s’ordonne au¬ tour d’une place d’Armes centrale, à l’intersection de deux axes principaux : la rue centrale, alignement droit reliant la porte de France et la porte d’Allemagne, et l’axe noble passant par l’église et le Gouvernement. Derrière chaque porte on ménage un dégagement constituant une place secondaire, tandis qu’à la périphérie, derrière les courtines et dans les bastions on implante les édifices purement militaires : casernes, magasins, arsenal, l’hôpital étant relégué, pour raison de salubrité, dans l’ouvrage à cornes formant tête de pont en rive droite. La rivière sur laquelle s’appuie l’enceinte et dont on s’assure ainsi le passage, .est mise à profit avec un art consommé : un grand pont écluse, combiné avec des babar- deaux, permet d’envoyer l’eau à volonté dans les fossés, mais aussi de tendre autour des glacis une immense inondation : tout dans ce projet respire l’ordre, la symétrie, la technique parvenue à son faîte. Cette œuvre, dont Sarrelouis, est une des créations les plus typiques, connaîtra des destins divers : Montroyal disparaît dix ans après sa fondation, rasée avant même d’être achevée, Montdauphin n’atteindra jamais son plein développement, Fort-Louis du Rhin, privée de sa raison d’être, est peu à peu morte de langueur, Montlouis et 157