dence, mais qui a été une alliée plutôt assez chère pour être recherchée par la cour royale de Paris et de l’autre coté de pouvoir apporter un secours assez efficace juste¬ ment à cette belle ville de Vienne assiégée par les Turcs. Manfred Henri ch, Saarlouis : Quelles sont les conséquences économiques des nouvelles frontières qui furent imposées à la ville de Sarrelouis par Louis XIV après le traité de Rijswick ? Pierre Goubert, Paris : Quant à la rentabilité des investissements de guerre, il y a deux réponses à faire. Il y a la réponse militaire, à savoir si ces nouvelles forteresses ont été utiles à un moment et puis qu’à un certain moment, elles n’ont pas été utiles du tout. En ce qui concerne la rentabilité économique, il est tout à fait évident que ces dépenses de guerre qui absorbaient sous Louis XIV entre 50 et 70 % des dépenses françaises ont été très dommageables pour l’économie, pour les finances et pour la tranquillité du royaume. Il y a eu des révoltes des petits gens contre les impôts qui ont recommencé à la fin du règne de Louis XIV. Et surtout le Trésor royal n’a pu financer la guerre dite de succession d’Espagne que grâce à l’habileté des banquiers. A priori, l’effet économique de ces dépenses était évidemment déplorable. Mais après la mort de Louis XIV est survenue une assez longue période de paix qui a succédé à une demi-banqueroute et une stabilisation de la monnaie sous la Régence. Et pratique¬ ment, l’économie et la fortune françaises ont prouvé qu’elles pouvaient se rétablir. En gros, le rétablissement est terminé onze ou douze ans après la mort de Louix XIV. Donc, les effets économiques ont été déplorables dans l’immédiat et ont été vite rat¬ trapés. Il n’en sera pas de même à la fin du 18e siècle des effets économiques des dépenses des guerres de Louis XVI, en particulier des dépenses pour la guerre d’Amé¬ rique, pour la guerre dite de l’Indépendance des Etats-Unis, qui sont au fond une des causes immédiates et même des causes tout court de la Révolution française. La vue „unilatérale“ de ma conférence ne résulte pas de ma négligence, mais du fait que l’on m’avait demandé une conférence sur les structures principales de la France de Vauban. Quant aux conséquences économiques des changements des frontières, il est sûr que les vingt dernières années du règne de Louis XIV ont été très dures. Il y a eu des épi¬ démies nombreuses et de très mauvaises récoltes ; la cherté des aliments a dépassé tout ce que l’on peut imaginer, plus de quatre fois le prix habituel. La misère a régné dans la plupart des provinces, mais pas en Bretagne, pas dans le Midi. C’est une période de marasme économique, où les affaires intérieures semblent moins bien aller. Mais il y a curieusement un développement tout à fait différent du marché extérieur. Cette épo¬ que après le traité de Rijswyck est une époque de renaissance assez remarquable de la marine de guerre, ce qui est dû en partie au fils de Colbert et à d’autres ministres, et aussi à l’activité étonnante des grands ports de commerce français à partir de la fin du 17e siècle et au début du 18e siècle (exemples : Marseille, Saint-Malo). Mais ce qui aide Louis XIV à soutenir les malheurs de la guerre, c’est l’arrivée d’escadres venues d’Amérique du sud ou des Antilles avec des amas d’or. En somme, ces crises terribles à l’intérieur ne sont que momentanées. Je pense que le changement de frontières a dû être un phénomène secondaire dans un ensemble qui était en effet extrêmement mauvais. Il peut très bien avoir déplacé les marchés, les affaires. 72