240 l’esprit, acte pur comme dirait Campanella (1), est une sublime exaltation de l’énergie humaine en même temps qu’une purification de l’âme et une béatitude. Mais le mysticisme a le grave dé- faut d’effacer dans la nuit obscure de l’âme toutes les dis- tinctions, et de se noyer ainsi au sein de l'infini, où se perd la vision non seulement de toutes les choses finies, mais encore de la personnalité, en tant que personnalité concrète, et déterminée précisément en fonction de toutes les choses finies. C'est en vertu de cette tendance qu’il étouffe toute velléité de recherche scientifique et de savoir rationnel, qu’il affaiblit et finit par briser toute vigueur et toute activité. L’activité ne saurait en effet se déployer qu’à travers le -concret du fini. Car nous ne pouvons faire qu’une chose à la fois, comme nous ne pouvons résoudre qu’un problème à la fois, et vivre consiste pour l'homme à se limiter. Or le mysticisme ignore toute limite. 2. Leur différence. — Mais si l’idéalisme actuel participe aux mérites, il échappe aux défauts du mysticisme par sa thèse fondamentale. L’idéalisme résout toutes les distinctions, mais ne les efface pas comme le mysticisme ; il affirme le fini tout aussi catégoriquement que l'infini, et pour lui la diffé- rence n’est pas moins établie que l’identité. Tel est le point essentiel de la divergence entre les deux conceptions, de sorte que le mysticisme peut être défini comme une doctrine essentiellement intellectualiste (malgré les apparences) et par suite antérieure idéalement au christianisme, tandis que l’idéalisme actuel est une doctrine essentiellement anti- intellectualiste, et peut-être même la forme la plus haute- ment développée de la philosophie chrétienne moderne. 3. Mysticisme et intellectualisme. — Le mysticisme se range parmi les adversaires des théories intellectualistes l’on ait parcouru même superficiellement les pages précédentes de notre ouvrage, il ne sera pas difficile de se convaincre que cette « simplicité » n’est certainement pas celle que prétend assurer l’idéalisme actuel, selon lequel la diversité est pré- cisément produite par l’acte même du penser, et les distinctions illégitimes sont uniquement les distinctions présupposées mais non démontrées. Celles-ci ne dérivent pas en effet de cet acte du penser qui est la base inébranlable et seule possible d’une philosophie vraiment critique et réaliste, et, par suite, la base de toute activité efficiente dans le monde. (1) Philosophe italien né en 1568, mort en 1639.