236 l’esprit, acte pur tourment de toute ma vie. Elles sont devenues histoire, ne fût-ce que dans le sanctuaire secret de mon âme. C’est en ce sens que la nature et l’histoire coïncident, en dépit de la différence profonde qu’établit, entre les faits historiques et les faits naturels, la constatation que les pre- miers sont, au moins à l’origine, des actes spirituels, tandis que les faits naturels ne le sont jamais. Elles coïncident néanmoins, disons-nous, parce qu’elles impliquent toutes deux un rapport d’altérité avec le Moi qui les connaît, rap- port sans lequel on ne saurait parler ni de l’une ni de l’autre. 9. Spatialité de la nature et de l’histoire prise comme nature. — Ce n’est pas tout. Dans le concept ordinaire de nature et d’histoire, c’est-à-dire dans le concept que les naturalistes ont de la nature, et les historiens de l’his- toire, cette altérité est une altérité absolue. Non pas l’alté- rité en considération de laquelle nous disons que l’impen- sable est pensé, mais l’altérité qui nous oblige à dire que le pensé est impensable. La nature du naturaliste est la nature qui n’a point de fin ou de but, la nature étrangère à l’esprit : la nature dont on ne connaît que le phénomène ; la nature des ignorabimus résignés ou désespérés. Et l’his- toire des historiens est l'abîme sans fond du passé qui se perd et s'évanouit dans le lointain de la préhistoire, où sont pourtant implantées les racines de l'arbre de la civi- lisation ; c’est l’histoire des actions accomplies par les hommes, dont l’âme n’est reconstituée que par une ima- gination dénuée de tout droit scientifique. Naturalistes et historiens s’arrêtent à l’ÔTt sans chercher le $161:1. Car l’altérité comme ils l’entendent ne constitue pas une unité substantielle, un moment de la dialectique de l'unité comme l’objet que nous avons opposé au sujet : elle est une altérité entière et radicale, c’est-à-dire une multiplicité. C’est ainsi que la nature se déploie, et dans le temps et dans l'espace (où toute spiritualité est inconcevable), que l'his- toire se déploie pour le moins dans le temps qui est aussi, nous le savons, une espèce d’espace, et, comme l'espace, implique dans la succession de l’avant et de l’après l’ex- clusion réciproque des éléments de la multiplicité.