CHAPITRE XVI La réalité, autoconcept, le mal et la nature 1. Principe et conclusion de notre doctrine. — Notre doc- trine identifie l’esprit avec l’acte qui pose son propre objet dans une multiplicité d’objets, et en résout la multipli- cité et l’objectivité dans sa propre unité de sujet. Cette théorie affranchit l’esprit de toute limite d’espace ou de temps ainsi que de toute condition extérieure, et rend inconcevable une réelle multiplication intérieure de l’esprit, car elle exclut que l'un de ses moments soit conditionné par ses moments antérieurs. Elle voit ainsi dans l’histoire, non le présupposé, mais la forme réelle et concrète de l'ac- tualité spirituelle, et en établit ainsi la liberté absolue. Deux principes la résument, et peuvent en être considérés comme le premier et le dernier terme. 2. Le concept comme autoconcept. — Le premier de ces principes est que, rigoureusement parlant, il n’y a pas un grand nombre de concepts, parce qu’il n'y a pas au fond plusieurs réalités à concevoir. Lorsque la réalité nous appa- raît multiple, c’est que nous ne voyons pas la base qui fait qu’elle est concrète, et grâce à laquelle elle est une tout en étant multiple. C’est pourquoi le véritable concept de la réa- lité multiple ne doit pas consister en une multiplicité de concepts, mais en un concept unique, intrinsèquement déter- miné, médiat, et développé dans toute la multiplicité de ses moments positifs. Il en résulte, puisque l’unité dérive du sujet qui conçoit le concept, que la multiplicité des concepts