CHAPITRE XV La Science, la Vie et la Philosophie 1. Science et philosophie. — La science stricto sensu se distingue de la philosophie, tout comme l’art et la reli- gion, en ce sens que la science n'appartient pas à la philo- sophie, bien qu’elle ait avec elle une base commune qui est la connaissance. C’est qu’elle n’a pas l’université de l’objet qui est propre à la philosophie, ni par conséquent le carac- tère critique et systématique qui lui est propre aussi. Toute science a d’autres sciences autour d’elle, et n'est en conséquence qu’une science particulière ; chaque fois qu’elle sort de son objet particulier, elle tend à se transformer en philosophie. En sa qualité de science particulière, ayant pour objet un objet particulier pouvant être étudié sépa- rément des autres objets avec lesquels il coexiste, la science se base sur un présupposé naturaliste. Car ce n’est qu’en identifiant la réalité avec la nature que l'on vient à la con- cevoir comme composé naturalistique de plusieurs élé- ments, l’un ou l’autre desquels peut être pris pour objet d’une étude particulière. Il y a donc toujours une intuition naturaliste à la base du caractère analytique de chaque science. D'où la tendance étemelle, et logiquement néces- saire de la science vers le mécanisme et le matérialisme. 2. Caractère de la science. — De plus : toute science pré- suppose son objet, et naît du présupposé que l’objet est devant la pensée, et pourtant n’est pas encore connu. Pour comprendre l'objet comme création du sujet, la science devrait avant tout se proposer le problème de la position de la réalité dans toute son universalité : mais elle