PREVISION ET LIBERTÉ 177 2i. Objection. — Cettte dialectique, en résolvant dans sa piopre unité toute multiplicité, par suite toute condition, en se posant comme le principe de toute synthèse de con- dition et conditionné, vient à éliminer aussi du conoept de l'esprit cette catégorie de la conditionnalité, dont nous avons si longuement parlé, et de la sorte confirme encore l’unité infinie de l’esprit. C’est qu’en effet à travers la critique de la catégorie de la condition nous avons acquis le véritable concept de la liberté. Comme, du reste, à travers la cri- tique de l’individualité nous avons découvert le concept de l’individualisation et à travers la critique de l’espace et du temps le concept de l’infinité de l’esprit en oppo- sition .-à la nature indéfinie, avec celui de l’éternité et de la véritable immortalité de l’esprit. Toutefois ce concept de liberté, le nôtre, ne saurait laisser satisfaits ni les métaphysiciens ni les empi- ristes. Fermes dans leur fausse façon de voir et fidèles au concept d’une réalité présupposée au sujet qui est la consé- quence de cette façon de voir, ils croiront que nous n'avons réussi à établir qu’un rapport gnoséologique par la syn- thèse à priori de la condition et du conditionné dans la dialectique de l’esprit qui se pose comme sujet relative- ment à un objet, c’est-à-dire comme unité de la condition et du conditionné. Ils ne verront dans le résultat de cette partie de notre étude que l’établissement d’un rapport gnoséologique au delà duquel le rapport métaphysique ou réel subsistera toujours, et continuera à être le point vers lequel tendront le métaphysicien avec son concept de causalité, et l’empiriste qui voit en l'esprit le conditionné d’une nature en soi. Admettons, diront-ils, que l’acti- vité gnoséologique du sujet se pose en même temps que son objet dans l’acte de la connaissance, comme condi- tion inconditionnée du phénomène : ceci ne signifie nulle- ment qu’il soit rèaliter inconditionné, c’est-à-dire qu’il soit rêaliter condition de tout objet pensable ! L’esprit ne sera dialectique que sur la base de la condition à laquelle il est lié réellement. GENTILE 3 2