PRÉVISION ET LIBERTÉ 175 un principe d’unification, lequel à son tour accuse l'action du sujet. Aussi ne réalise-t-il pas lui non plus son concept d’une pure conditionnalité de fait. Et il est impossible qu'il y réussisse, car, tout comme son adversaire, il pose con- dition et conditionné vis-à-vis du penser, là où est incon- cevable l’unité de la multiplicité qui lui est nécessaire pour la succession chronologique comme elle l’est pour l'efficience dans la métaphysique. 18. Dialectique de la condition et du conditionné. —- La synthèse à priori de la condition et du conditionné est purement dialectique. Or il est désormais évident pour nous que toute dialectique est inconcevable hors du penser. Mais si nous tournons nos regards vers la dialectique du penser, nous verrons que la conception de la causalité métaphysique, comme celle de toute autre forme du con- cept de conditionnalité, échappe aux difficultés que nous venons d’exposer. Car la difficulté fondamentale de la métaphysique apparaît dès qu’on cherche à saisir la façon dont l’un génère l'autre, et l’identique le différent. Or il suffit que la métaphysique en parlant de l’Un entende le Moi, pour que ce dernier s’offre à elle précisément, comme le principe autogène du non-Moi, c’est-à-dire de ce qui diffère du Moi. Ainsi lorsque l’empirisme prendra conscience du rapport immanent du non-Moi, précisément en tant que non-Moi, avec ce qui en est la condition, avec le Moi en somme, il continuera sans doute à voir le non-Moi et le multiple, mais avec et dans l'Unité. 19. Nécessité et liberté. — Tout comme la réalité méta- physique et la réalité empirique se posent dans l’incon- science de la pensée abstraite comme un conditionné, qui est nécessaire sans être libre, ainsi la réalité du penser concret se pose comme condition de l’inconditionné, qui devient par conséquent un conditionné et se pose dans l’absolu de cette position comme inconditionné qui tout en étant nécessaire est libre. Nous pouvons dire que le premier inconditionné (faux ou abstrait), est Y être, et que le second (concrètement réel), est Y esprit. L’être (Dieu, nature, idée,