174 l’esprit, acte pur la nature elle-même conçue et hypostatisée en deçà de la nature immédiate : c’est-à-dire l’opposé de la pensée : contraire qui est toujours un pur fait puisqu’il n’est pas pris par le processus de la pensée pendant qu’il s’effectue. La condition de l’empirisme doit de son côté se résoudre dans le conditionné, car une condition qui, comme le veut l’empirisme, n’est pas le penser mais en est le présupposé est tout simplement l’objet du penser conditionné par l’activité du penser. La condition métaphysique ne saurait déployer ni son efficience ni sa productivité, car ce n’est pas elle qui est productive, étant plutôt un simple produit du penser : c’est une pensée qui suppose l’activité pensante qui la réalise. Et l’empirisme de Hume a raison contre la méta- physique parce qu'il comprend plus profondément qu’elle le point de vue de cette dernière. La métaphysique elle- même oppose en effet la cause (la seule vraie cause qui est Dieu pour les cartésiens aussi bien que pour les scolas- tiques) au penser qui la pense comme cause, et, cette opposition étant donnée, il est impossible que la pensée pénètre l’action de la cause comme il le faudrait pour comprendre la façon dont s’effectue cette action, et par conséquent pour apercevoir la nécessité du rapport par lequel la cause se rattache à l’effet. Ceci est tellement vrai que la critique empiriste du principe de causalité n'est que la conscience profonde du scepticisme qui est implicitement contenu dans l’intuition métaphysique transcendante. Comme nous l’avons déjà indiqué (i), le penseur italien Vico avait nié avant Hume la certitude de la connaissance en ce qui concerne l’action de la cause naturelle, préci- sément parce que cette cause est objet de la pensée au lieu d’être la pensée elle-même. L’empiriste d’autre part, pour conserver à sa causalité empirique un minimum de valeur logique, devrait garder une certaine connexité entre la condition et le conditionné. A défaut d'autre solution il croit que l’empirisme peut légitimement maintenir le lien chronologique de la succes- sion, qui est l’ébauche d’une certaine synthèse et porte à (i) p. 130,141.