PRÉVISION ET LIBERTÉ 17 3 en somme comme ce qui est posé dans le penser. Incondi- tionné soit, mais en qualité de pensée, inconditionnée ou contenu du penser, qui en devient ainsi la condition. En d’autres termes, inconditionnée pour le penser qui fait abstraction de soi-même, et pense son objet sans penser son propre soi auquel cependant cet objet est inhérent conditionné en tant que l'objet ainsi conditionné est conçu dans son immanence au sujet, et que celui-ci est conscient de l’activité par laquelle il pose lui-même cet incondi- tionné. L’objet est en somme conditionné par le sujet, même s’il est inconditionné en qualité de pur objet abstrait. 16. Le véritable inconditionné. — Ce rapport du sujet avec l'objet est en vérité le seul rapport conditionnel qui puisse être effectivement conçu, car seul il comporte à la fois l’unité et la dualité, n’obligeant la pensée ni à s’arrêter à l’unité, ce qui serait absurde, ni à finir dans la dualité abs- traite, ce qui serait également absurde, parce qu’elle repro- duit dans chacun de ses éléments la position de l’unité elle- même. C’est évidemment le rapport de la synthèse à priori, qui est propre de l’acte du penser et se réalise dans l’opposition du sujet et de l’objet, du soi au non-soi. 17. Apories de la métaphysique et de l'empirisme. — Les difficultés de la métaphysique et de l'empirisme que nous avons exposées ne s’expliquent que par l’ignorance de ce rapport. Rigoureusement parlant, le conditionné de la métaphysique doit se fondre avec sa condition, celle-ci n’étant pas pure condition puisqu’elle est aussi le conditionné. Aristote crut pouvoir faire de Dieu un mo- teur immobile, condition inconditionnée ou cause première, par l’application de son célèbre argument de l’absurdité du processus à l’in fini. Mais son Dieu est impuissant à expliquer le monde comme différent de lui ; aussi doit-on arriver forcément d’Aristote à Plotin. Car Dieu, considéré comme moteur, est tout simplement le mouvement qu’il s’agissait d’expliquer ; c’est la forme même dont la philo- sophie recherche la réalité dans la nature, et qu’elle vient ainsi à trouver réalisée avant la nature. C’est en somme