172 l’esprit, acte pur condition et conditionné, car il n’est pas de métaphysique ou d’empirisme qui puisse nous représenter la condition dans son rapport immanent avec le conditionné, ni celui- ci dans son rapport immanent avec celle-là, si ce n’est en tant qu'unité des deux termes. La métaphysique, avec sa causalité efficiente, tend en effet, ainsi que l’empirisme avec sa causalité empirique, plutôt à l’identification qu'à la distinction qui est essentielle au concept de la condition- nalité. De sorte que, rigoureusement parlant, le concept métaphysique de causalité tend à ne considérer réelle, d’une réalité absolue, que la cause dont l’effet ne se dis- tingue pas positivement ; et l’empirisme se représente l’absolu comme un simple effet (un fait) dans lequel la cause elle-même se résout. Quant au contingentisme, ce n’est qu’une manifestation d’une tendance empirique qui porte à libérer l’effet de son rapport avec la cause sans lui attribuer du reste aucun droit à la liberté. Or la méta- physique ne peut s'arrêter à la cause sans effet, ni l’empi- risme à l’effet sans cause. Et cela non seulement parce que la cause n'est une cause que si elle a un effet, et l’effet sans cause est un mystère que l'esprit ne peut admettre, mais pour une raison bien plus profonde, à laquelle nous avons déjà fait allusion plusieurs fois : c'est-à-dire que la réalité non différenciée est inconcevable, fût-ce comme identique, l’identité implique par un rapport du sujet avec lui-même et, par conséquent, un moment d'opposition et de dualité qui est exclu par la non-différenciation absolue. 15. L’abstrait inconditionné. — En réalité l’unité abs traite à quoi aboutissent également la métaphysique et l’empirisme, en absorbant la réalité conditionnée dans la condition, ou celle-ci dans celle-là, est ce qu'on appelle Y inconditionné, non dans le sens de libre, mais dans celui de nécessaire et précisément de ce nécessaire que craint le contingentisme tout en s’y précipitant. Or cet incondi- tionné ne peut être affirmé sans être nié, lorsqu'on rapporte selon notre habitude la pensée abstraite au penser concret. Car puisqu'on pense, l’inconditionné doit être pensé non comme simplement pensable, mais justement comme pensé,