170 l’esprit, acte pur et c’est pour cela que la pyramide descend à l’infini. » Elle entre enfin avec Théodore, profondément ému, dans le plus haut des appartements, qui est celui du monde réel, où elle lui dit : « Voici Sextus tel qu’il est et tel qu’il sera actuellement. Le voilà qui sort du temple, plein de colère et prêt à mépriser le conseil des dieux. Vois, il se dirige vers Rome, jette partout le désordre et va jusqu’à violenter l’épouse de son ami. Le voilà, chassé par son père, battu, ruiné. Si Jupiter avait mis ici un Tarquin heureux à Co- rinthe, ou roi en Thrace, ce monde-ci ne serait plus ce qu’il est. Et Jupiter ne pouvait pas éviter de choisir ce monde, le plus haut de la pyramide : s’il ne l’avait fait il aurait renoncé à sa sagesse. Tu vois bien que ce n’est pas mon père qui a fait Sextus mauvais; mauvais il était de toute éter- nité et toujours librement : il n’a fait que lui accorder l’exis- tence que sa sagesse ne pouvait nier au monde dont Tar- quin fait partie ; il l’a fait passer de la région des possibles à celle des êtres actuels (1). » 11. Vanité de cette tentative. — La conclusion est évidente : Jupiter s'est moqué de Sextus lorsqu’il lui a proposé à Dodone un destin meilleur en échange de sa renonciation au trône de Rome. Car le destin qui doit être le sien lui a été attribué ab alterno dans ce monde possible auquel le roi de l’Olympe a donné l’existence. Et relativement à notre argument, la conclusion est que la connaissance de la réalité empiriquement présupposée à l’esprit (peu importe que ce soit idéalement ou réellement) ne connaît exclusivement que des faits, et lorsque cette connaissance prétend être une prescience, elle ne connaît comme destins que des faits : des s}^stèmes de réalité entièrement réalisés dans leur connaissance potentielle. Le futur des prophètes, et d’Apollon qui les inspire, est le même que celui de l’astronome : il n’est un futur qu’en apparence, puis qu’il est dans le penser concret qui se le repré- sente, un véritable passé. (x) « Le crime de Sextus, conclut Pallas, selon un vieux concept agostinien de la Théodicée, qui veut que le mal soit justifié en qualité d’instrument du bien, sert à de grandes choses, il en naîtra un grand empire, qui donnera de grands exemples. Mais cela est un rien en comparaison de la valeur complexive de ce monde. » (Theodicea,, paragraphe 416).