15« l’esprit, acte pur 18. Antithèse entre contingence et liberté. — L’être, par exemple, ne peut pas dériver du possible. Fort bien : mais pourquoi ? Parce que l’être est l'être, et le possible est simplement possible, dépourvu de la réalisation de soi qui entraîne l'exclusion de son contraire. Mais si derrière l’être réalisé, qui n’est pas le possible, nous ne savons pen- ser que ce possible, toto caelo différent, il est clair que l’être n’est concevable qu’autant qu’on le conçoit immédiat ; non pas en train de se réaliser, mais réalité déjà posée. Or cette dernière est si complètement identique à elle-même, si immuable, qu’on ne pourrait même pas la dire iden- tique à elle-même : car l’identité même est une relation (de soi avec soi-même, en ce cas) et aucune possibilité de relation n’existe avec un terme qui n’en ait pas un autre en face de lui, fût-ce lui-même qui en se dédoublant peut s’opposer à soi-même (ce qui constitue précisément la relation spirituelle, base de toute autre relation) (i). Arrivons même jusqu’à l’homme et à l’esprit, et admettons pour un instant que « la personne humaine a une exis- tence propre, est à elle-même son monde. Plus que les autres êtres, elle peut agir, sans être forcée de faire entrer ses actes dans un système qui la dépasse. La loi générale de la conservation de l’énergie psychique se morcelle en quelque sorte en une multitude de lois dis- tinctes, dont chacune est propre à chaque individu » ; allons plus loin encore et reconnaissons que « pour un même individu la loi se subdivise encore et se résout en lois de détail propres à chaque phase de la vie psycho- logique. La loi tend à se rapprocher du fait. L’individu, devenu, à lui seul, tout le genre auquel s'applique la loi, en est maître » ; il n’en sera pas moins vrai que l’individu dans son individualité concrète est ce qu’il est, comme l’être l’est par rapport au possible, comme la vie par rap- port aux forces physiques et chimiques, comme le fait psychologique par rapport au fait physiologique ; en somme, comme toute réalité l’est par rapport à celle à laquelle l'expérience la compare ; c’est-à-dire qu'elle n’est (1) Voir Gentile, Système de logique, p. 152-155, 175 et suivantes. (2) Boutroux, Op. cit., p. 130.