CAUSALITÉ, MÉCANISME ET CONTINGENCE 14J physique, à demi-empirique : Janus double-face qui, simultanément, regardant en arrière, de l'effet à la cause, considère avec les métaphysiciens l'unité et la nécessité, et regardant en avant de la cause à l’effet, considère avec l’empirisme la diversité et le fait. Concept en même temps contradictoire qui dans son aspect métaphysique résout l’empirisme, et dans son aspect empirique résout la rationalité métaphysique. Lorsqu’on retourne de l’effet à la cause, on voit en effet la nécessité de cette dernière, et cette nécessité implique l’identité non seulement de la cause à l’effet, mais de l’effet à la cause ou, mieux encore, l’iden- tité absolue qui fait de la cause une condition non seule- ment nécessaire, mais nécessaire et suffisante. Quand au contraire on procède de la cause vers l'effet, on remarque la contingence de l’effet : contingence qui signifie diversité, et qui ne peut être diversité d’effet à cause sans être aussi diversité de cause à effet. Il est d’autre part impossible de renoncer à choisir une de ces deux voies, de l’effet à la cause ou de la cause à l'effet. Car si on affirmait l’unité et l’iden- tité de ces deux voies sans considérer le rapport de la cause à l’effet, parce que différent du rapport de l’effet à la cause, le caractère métaphysique de la condition non seulement nécessaire mais aussi suffisante s'établirait évidemment. 8. Compromis de Voccasionnalisme. — Un autre compro- mis entre la métaphysique et l’empirisme — qui a eu une grande importance dans l’histoire de la philosophie durant les premiers siècles de l'ère moderne — est le concept des causes occasionnelles, défendu principalement par Geu- lincx (1627-1669) et par Malebranche (1638-1715), qui s’en servirent pour trancher le nœud gordien de la causalité psycho physique sur le terrain cartésien des deux subs- tances âme et corps. En vertu de ce concept, on nia que le mouvement physique pût être cause efficiente de l’idée ou que celle-ci pût l’être de celui-là, leur parallélisme étant expliqué comme un accord préétabli par Dieu entre l'âme et le corps : accord analogue à celui qui existe entre deux horloges, construites par un même artisan, et qui ne dépend nullement d’une action de l’une sur l'autre, mais