146 l'esprit, acte pur que dans la position intellectualiste et abstraitement ra- tionnelle d’une métaphysique analogue à celle de Spinoza, qui présume pouvoir construire le monde réel — objet, on ne sait comment ni pourquoi, de l’intelligence —- sur la base de la substance, causa sui, dont l’essence implique l’existence, et qui doit par conséquent affirmer comme axiome : « ex data causa determinata necessario seguitar effectus », puisqu’au fond tout se réduit à un rapport de concepts, et effectus cognitio a cognitione causae dependet et earndem involvit (1). L’efficience est une déduction logique qui implique et suppose l’identité ; elle n’ajoute rien à l’identique. L'em- pirisme, lacérant les filets de concepts dont l'intelligence métaphysique s’est enveloppée, et voulant se lancer dans la réalité immédiate, ne peut y trouver que la multiplicité absolue. Et s’il peut substituer le rapport chronologique de succession de l'antécédent au conséquent au rapport logique de nécessité, c’est qu'il n'a pas conscience de l’unité qui subsiste, malgré tout, dans le simple rapport de temps impliquant une élaboration subjective du matériel sensible présupposé. Car si l’empirisme arrivait à en avoir cons- cience, il verrait le lien qui relie la cause à l’effet se briser dans la multiplicité pure ; il ne posséderait plus aucun cri- térium pouvant lui servir à comprendre la réalité. Mais dans inconscience de la subjectivité du temps, ce lien de causalité demeure limite extrême où puisse parvenir la con- ception empirique du rapport de condition et conditionné, et le dernier point d’appui de la négation de l’unité. 7. Condition nécessaire mais non suffisante. — Entre la causalité efficiente de la métaphysique et la causalité empirique reste le concept de la condition nécessaire mais non suffisante, schéma hybride d’intelligibilité, c’est- à-dire d’unification de la réalité, concept à demi-méta- (1) Eth. I, ax. 3, 4. Ax. 3. D’une cause déterminée il suit nécessairement un effet, et au contraire où il n’y a aucune cause déterminée, il est impossible qu’il y ait aucun effet. Ax. 4. La connaissance de l’effet dépend de la connaissance de la cause et la suppose nécessairement. (Traduction Boulainvilliers, Ed. Armand Colin, 1907.) Le latin de ces deux axiomes est tellement clair que c’est faire injure au lecteur philosophe d’y ajouter cette mauvaise traduction.