CHAPITRE XI Causalité, mécanisme et contingence i. L’esprit est-il conditionné ? — A travers la doctrine du temps et de l’espace, nous sommes revenus à notre concept de l’unité infinie et non multipliable de l’esprit. Le positif de l’individu est, il est vrai, posé dans la multi- plicité de l’espace, qui est aussi celle du temps, mais sans que l’unité de l'esprit soit lésée ou dépassée. C'est ainsi que nous avons vu l’esprit infini surgir du sein de l'espace, et l’esprit immortel surgir du sein du temps. Plusieurs objections se présentent : vous avez, dira-t-on, affirmé que le passé du temps et l'espace de la nature s’an- nulent dans l’unité de l’acte spirituel, mais vous avez dit aussi que le passé est confluant par rapport au présent. Celui-ci est-il donc conditionné par le passé, et serait-il inconcevable sans lui ? Vous avez déclaré en outre que la multiplicité des coexistants se recueille et se transforme dans l’unité de cet acte ; est-il donc conditionné par la mul- tiplicité des coexistants ? Et lors même que ces deux mul- tiplicités seraient produites par l'esprit, il n'en serait pas moins vrai que leur unification ultérieure, en laquelle con- sistera le développement ultérieur de l'esprit, sera condi- tionnée par les antécédents, qui ne pourront pas être con- sidérés comme immédiatement identiques à l’unité con- séquente. L’objection pourrait être aisément réfutée en rappelant ce qui a été dit de l’inconsistance du multiple dans son oppo- sition abstraite à l’unité, et en faisant simplement observer que la condition ne doit pas être conçue abstraitement, comme étant séparée de ce qui est conditionné, subsistant