l’immortalité 135 14. Immortalité du Moi empirique. — A la vérité, le cœur — puisque c’est par ce nom que nous avons coutume de représenter les intérêts les plus intimes et les plus con- crets de l’individualité spirituelle — réclame l’immortalité du Moi empirique, outre celle du Moi transcendantal. Il veut l’immortalité de notre être individuel, tel qu’il est réalisé dans le système de ses relations particulières appuyé à la posivité concrète des individus de la nature. Mon immor- talité est l’immortalité de tout ce qui a pour moi une valeur absolue ; par conséquent, si elle est mienne, elle est aussi celle de mes fils et de mes parents, qui forment, complexi- vement et avec moi, une multiplicité d’individus. Ce qui signifie en somme que mon immortalité puise sa forme concrète dans l’immortalité de la multiplicité. Mais il faut considérer en premier lieu que du moment que je reconnais au multiple la valeur qui me porte à en affirmer l’immortalité, je ne suis plus un élément de la multiplicité, mais l’unité, l’activité, essentiellement non- multipliable, le principe même de la multiplicité en un mot ; en second lieu que cette multiplicité, dont je tiens nécessairement à affirmer l’immortalité, est la seule mul- tiplicité qui ait une valeur : une multiplicité qui ne peut être extraite de l'activité qui la pose, et n’est absolument pas abstraite comme le serait celle par laquelle mon fils et moi sommes numériquement deux, et mes parents et moi trois, mais se réalise nécessairement dans l’unité actuelle de l’esprit. Ainsi, dès que la multiplicité est fixée comme on la fixe analytiquement, on sort du domaine de ce qui est éternel pour se jeter dans le temps abstrait et absurde qui est une multiplicité chaotique. Tandis que si l’esprit ne fixe pas la multiplicité, mais vit d’elle, c’est-à-dire de sa position imma nente, il n’abandonne jamais à elle-même la réalité em- pirique ; il l’accueille au contraire, la transforme en lui- même, et l’éternise dans sa propre éternité. L’éternité immanente dont il s’agit est par exemple celle que, sans en avoir au préalable approfondi la pensée spéculative, chacun de nous pressent et affirme dans l’œuvre d’art, qui est vraiment immortelle si elle est