134 l’esprit, acte pur est désormais bien clair. L’éternité de l’esprit est la morta- lité même de la nature, parce que ce qui est indéfini au point de vue de la multiplicité est infini à celui de l’unité. La vie, la réalité de l’esprit, existe dans l’expérience (dans la nature dont l’expérience est la conscience) f mais l’esprit y vit sans y être absorbé et sans se transformer en « nature »; il s’y maintient au contraire infini, n’y perdant pas l’unité qui lui est propre, et sans laquelle s’évanouiraient la nature elle-même et sa multiplicité (espace et temps). L’unique immortalité à laquelle on puisse penser et à laquelle on a effectivement toujours pensé, en affirmant l’immortalité de l’esprit, est donc celle du Moi transcendan- tal. Non pas celle de l’individu empirique, dans laquelle s’est figée l’interprétation mystique que la philosophie a donnée de cette affirmation immanente de l’esprit, et par laquelle elle projetait la multiplicité dans le règne de l’immortalité, y introduisant de force la spatialité et la temporalité de la nature en même temps. 13. Les besoins du cœur. — L’immortalité du Moi trans- cendental ne laisse insatisfait aucun des besoins de notre cœur. Seuls le croiraient ceux qui ne sont pas encore par- venus à se hausser au point de vue de notre idéalisme, qui exige toujours qu’on passe de la pensée abstraite au penser concret et qu’on reconnaisse la réalité à sa parfaite inhé- rence au penser. Quant à ceux qui partagent notre point de vue, ils devront s’appliquer à s’y mettre en ouvrant les deux yeux, si je puis m’exprimer ainsi, pour ne pas regarder d'un œil le penser, où la multiplicité est multiplicité de l’unité et la nature, est en conséquence esprit, et de l’autre la pensée, où la multiplicité n’est que multiplicité pure, et la nature est nature en dehors de l’esprit. Or c’est à ce dernier résultat que parviennent tous ceux qui prétendent avoir compris ce qu’est le Moi transcen- dantal auquel le monde de l’expérience doit être lié, et continuent en dépit de cette affirmation à chercher dans le monde de l’expérience pure la réponse aux problèmes surgissant du fond de leur âme, c'est-à-dire surgissant de l’activité du Moi transcendantal.