l’espace et le temps 109 plication du premier. Multiplication qui est elle aussi une spatialisation, puisqu’elle est comme la première l’exclu- sion réciproque d’éléments distincts, et partant une mul- tiplicité, mais elle est en outre une nouvelle spatialisation du premier espace. Et c’est en cela que consiste la diffé- rence entre le temps et l’espace. La multiplicité pure et immédiatement donnée est l’espace : mais il est impossible d’en soustraire un élément sans le voir faire partie d’une seconde multiplicité pure, donnée avec la première, qui est le temps. Concevoir la matière comme étant une — l’Un de Parménide, ou le Tout sphérique et identique dans toutes ses parties ima- giné par Xénophon — et la concevoir hors du temps im- mobile dans une éternité équivaut à ne rien concevoir : comme il semble que Gorgias l'ait compris. L’objet est spatialement multiple, et étant absolument tel, il l’est aussi temporellement. Un regard, un simple regard jeté sur le monde, embrasse une multiplicité spatiale. Mais cette multiplicité ne peut être fixée devant nous ni dans sa totalité, quelle qu’elle soit, ni dans une de ses par- ties ; elle se multiplie de nouveau dans une multiplicité d’images de son tout ou de celle de ses parties qui a été fixée, se prolongeant ainsi dans le passé et dans le futur. La multiplicité doit être en somme ou spatiale ou tempo- relle. 6. Inconcevabilité de la spatialité et de la temporalité pures. — Nous aurons donc en tous cas une multiplicité, et une multiplicité non unifiée : précisément celle qui est l’antécédent présupposé par Kant aux fonctions sub- jectives du temps et de l’espace, et qui est au contraire tout le contenu du concept que nous avons de l’espace et du temps. C’est à elle qu’a recours l’empirisme sous toutes ses formes pour déterminer le positif de la nature dans la richesse de ses individus. Ainsi l’on ne saurait concevoir la réalité, comme telle, spatialement et temporellement, sans maintenir le concept de la multi- plicité dans son indépendance absolue de toute unité syn- thétique. Et ce serait alors la multiplicité pure oscil-