io8 l’esprit, acte pur unité sans annuler la multiplicité qui en dépend. Aussi se spatialise-t-il lui-même. Prenons par exemple un élé- ment quelconque de l’espace, hic : en tant qu’élément dé- fini, il échappe à l’ensemble des éléments et par cela même à la spatialité. Mais son unité sera-t-elle pour cela préser- vée ? Non, car cette qualité surgit en lui-même de l'exclu- sion réciproque des éléments d’expérience, qui, continuant à être l’élément déjà défini (et pouvant être un point) s’excluent, l’un se substituant à l’autre au même endroit, et sont chacun à son instant, nunc. Nous pourrons donc dire que le temps est la spatialisa- tion de l’unité de l’espace (i). Aussi le temps et l’espace peuvent-ils se représenter gra- phiquement par deux lignes droites intersécantes, et ayant un seul point en commun : le point de l’espace qui ne peut être un point unique de l’espace sans être un des innom- brables points du temps. Mais il sera sage de ne pas arrêter la pensée au simple système imaginaire de l’espace. Il vaudra mieux se rappeler ce qui a été dit de la multi- plicité des points de l’espace, entre lesquels on prend l’unité qui se multiplie dans le temps. Il faut en somme remar- quer qu’il s’agit d’une multiplicité donnée, c’est-à-dire d’une multiplicité véritable et absolue, en dehors de toute unification spirituelle. Et on comprendra alors qu’il n'y a pour un point de l’espace d’autre spatialisation que le temps tel que tout le monde le comprend. 5. Rapport et différence entre l’espace et le temps. — En conclusion, l’espace s’accomplit dafis le temps pour se poser comme multiplicité absolue, dont chaque élément est lui- même une multiplicité. Je n’entends pas dire que le temps est la suite du processus de multiplication de l’espace, car s’il en était ainsi, il n’existerait ni point ni unité spa- tiale, de quelque façon qu’on puisse la définir. Il faut arrê- ter le processus de l’espace, et en fixer l’élément, pour comprendre l’autre élément qui est produit par la multi- (1) Cette unité, étant toujours une unité, peut être aussi bien l’unité du point ou de n’importe quel élément appartenant à l’espace, comme par exemple l’unité de l’espace dans sa totalité, qui elle-mâme est toujours une totalité relative.