l’espace et le temps 107 même que les autres idées. La multiplicité inaltérable et invincible est celle des éléments de l’espace, parce qu’ils sont donnés avec toute leur positivité. Je peux, il est vrai, me représenter un corps sans qu’il soit donné, et ce corps sera spatial. Mais il ne le sera qu’au- tant et aussi longtemps que je le considérerai comme donné, c’est-à-dire qu’aussi longtemps que j’ignorerai qu’il n’est que potentiellement et idéalement. En effet, dès que j’aurai conscience de ce fait, la réalité cessera d’être le corps pour devenir l'idée du corps, dépourvue, en tant qu’idée, de toute spatialité. Telle est la raison pour laquelle le monde matériel, que constituent les données spatiales, est le premier terme de toute comparaison tendant à mesurer l’existence, la cer- titude, la positivité, pour la pensée vulgaire. Telle est la raison pour laquelle on demande où existe ce dont l’exis- tence n’est pas encore évidente. 4. Le temps, développement de l’espace. — Mais on ne se limite pas à demander où existent les choses, on demande aussi quand. Et il ne saurait y avoir de véritable actualité d’expérience, partant de positivité du réel, avec les seules déterminations d’espace sans relation avec le temps. La positivité exige la multiplicité, et celle-ci ne saurait être absolue et entière tant qu’elle ne s’étend que dans l’espace. Tout point de l’espace est un centre autour duquel les autres s’ordonnent en système, et cela étant, il détruit la multiplicité : le point en tant que tel limite donc l’espace, et en conséquence échappe à la spatia- lité. Mais pour la même raison qui fait qu’une chose jouissant de l’étendue se divise en éléments, et que n’im- porte quelle unité se réduit en une multiplicité, le point, précisément en sa qualité de point qui en limi- tant l’espace l’annule, ne peut être conçu sans une multi- plication ultérieure, multiplication qui comporte une nou- velle spatialisation. Il est un point qui se distingue entre les points, celui de la multiplicité, et il donne lieu à l’espace. On en distingue un autre, celui de l’unité, qui ne peut être fixé dans son