104 l’esprit, acte pur simple (axoaov, octoixo; oguîa), étant un, est à son tour une violation flagrante de la loi de multiplicité. L’ato- miste, tout en partant de l’unité de l’espèce, la nie, la dépèce et la divise. Telle étant la logique de sa pensée, il devrait fractionner toute unité sans s’arrêter devant l’atome, mais le fractionner à l’infini ; il n’aurait plus alors la mul- tiplicité, qui exige des éléments. De plus : admise que soit cette multiplicité telle que l'ato- miste l’imagine, à quoi lui servira-t-elle ? Les atomes, ainsi que les idées, sont conçus comme le principe de la réalité, où l’unité se trouve aussi bien que la multiplicité (d’où l’inutilité pratique des idées, démontrée par Aristote). S’il y a la multiplicité, il y a aussi l’unité, le rapport, le choc des atomes, l'agrégation de la matière, etc. Cepen- dant, si l’on démontre que les éléments simples n'ont absolument aucun rapport entre eux, il devient impossible qu’ils se choquent, le choc étant pour le moins un rapport extrinsèque ; et si d’autre part on démontre la possibilité d’un tel choc, c’en est fait de l’absence absolue de tout rapport et par suite de la simplicité et de la multiplicité. Ce ne sont pas là, bien entendu, des difficultés nouvelles, puisqu'elles ont toujours été soulevées plus ou moins clairement, plus ou moins énergiquement, contre l’ato- misme et, mutatis mutandis, contre tout pluralisme. Mais elles n’ont empêché aucun philosophe, même parmi les adversaires du pluralisme, de représenter le monde dans l’espace et dans le temps, et de penser chaque individu positif comme étant déterminé hic et nunc : n’existant qu'autant qu’il existe dans l’espace et dans le temps. Aussi convient-il de parler ici du temps et de l’espace.