LE POSITIF EN TANT Qü’AUTOCRÉATION 103 que nous avons montrée immanente au processus de l’es- prit, douée d’une nature propre, base de toute la vie de l’esprit et condition du concept exact de l’individu, en tant que positivité intégrante de la pensée. Cela nous oblige à scruter de nouveau le concept de la multiplicité; d’une multiplicité évidemment obscure, parce que transcendante relativement à l’esprit, chaotique parce que soustraite à toute unité permettant de la saisir par un acte spirituel, effrayante, comme l’infini léopardien dans lequel la pensée se noie (selon l’hypothèse elle-même) ! Nous devons néanmoins l’analyser parce que, malgré sa transcendance, elle prend place parmi nos concepts — souvenons-nous de l’avertissement de Berkeley — et l’atomisme lui-même est une philosophie : aucun concept ne peut subsister sans résister aux autres, puisqu’il doit coexister avec eux dans notre pensée. 18. Inconcevabilité d’une multiplicité pure. — D’abord une multiplicité pure est non seulement inconnaissable, mais elle est aussi inconcevable. Les choses nombreuses forment toujours un ensemble ; si chacune d’elles n’était pas avec les autres, elle serait une, non en tant que partie mais en tant que tout : unité absolue, l’unité que l’atomisme nie précisément. Ce n’est pas tout. Etant donné la mul- tiplicité a, b, c, d, etc., a ne doit être ni b, ni c, ni d, etc. Il en est de même de b, de c, de d. Mais qu’une chose n’ait absolument rien de l’autre est impossible à moins de nier toute relation entre les deux, car toute relation implique une certaine identité. La multiplicité implique nécessairement l’irrelativité absolue des éléments qui en font partie. En sorte que a, non seulement ne doit pas être b, mais ne peut même avoir aucune relation avec b. Or ceci est absurde, car « n'être pas » équivaut à exclusion réciproque et par conséquent à une relation. Et encore, si on admet la multiplicité, celle-ci ne peut être absolue sans être composée d’éléments absolument simples : autrement tout composé serait une exception à la multiplicité, l’organiserait et l’unifierait, Mais l’élément