92 l’esprit, acte pur aussi un terme de la pensée qu'on cherche à sentir, à saisir tout d’un coup et par surprise, il est le but de l'intuition ; mais fil n’est pas non plus, le penser. Aussi est-il naturel que l’universel ne s’individualise pas comme il devrait le faire pour être réel, et que l’individu ne s’universalise pas comme il le devrait à son tour pour devenir idéal, c'est-à-dire vraiment réel (de la réalité du penser). Mais lorsque Descartes voulut être certain de la vérité du savoir, il dit : cogito, ergo sum ; ne considérant plus le cogitatum , qui est la pensée abstraite mais plutôt le cogitare, l’acte du Moi, centre d’où tous les rayons de notre monde émanent et vers lequel ils se réfléchissent également tous. Dès lors il ne trouva plus dans le penser l’être qui est une simple idée, un universel à réaliser, comme l’être de Dieu dans l’argu- ment ontologique, selon la critique de tous ses adversaires, depuis le moine Gaunilon (xie siècle) jusqu'à Kant. Il y trouva au contraire l’être positif de l’individu : positif de l'individualité, qui, selon Kant et tous les nominalistes antiques et modernes, y compris les plus récents, ne saurait être garantie que par l'intuition. Il est vrai que c’est par une intuition que Descartes voit qu’il est : seulement cette intuition n’est pas immédiate comme celle dont parlent les nominalistes et Kant lui-même avec sa théorie de la donnée, terme ou matière de l’intuition empirique : elle est au contraire le résultat d’un processus. Cogito, car si je ne pense pas, je ne suis pas, et je ne suis qu’en tant que sujet du verbe penser ; par conséquent, je ne suis qu’au- tant que je pense. 6. La véritable positivité. — Nous touchons ici à la positivi- té véritable que Platon cherchait, et sans laquelle il sem- blait justement à Aristote qu’on ne pouvait pas croire aux idées. Il s’agit de la positivité qui est la réalisation de la réalité dont l’idée est le principe, et qui partant intègre intrinsèquement l’idée elle-même. Car si l’idée est l’idée ou la raison de la chose, la chose doit être produite par l’idée : la pensée qui est véritablement pensée doit géné- rer l’être duquel elle sera la pensée. Mais cette réalité que je suis (la plus certaine que je puisse avoir, et que je ne saurais