84 l’esprit, acte pur 2. L’intuition de Vextrasubjectif. — On a beaucoup insisté depuis Kant, et on insiste encore, sur la valeur de l’intuition comme antécédent nécessaire de la pensée, con- ditionnant son rapport avec la réalité. Mais, à vrai dire, Aristote avait déjà insisté sur la nécessité delà sensation (qui n'est autre que l’intuition des modernes) comme pré- sence immédiate de l’objet, présence qui ne résulte pas d’un acte du sujet introduisant proportion et congruance entre l’objet et lui-même. Cette intuition ou sensation ne peut toutefois absolu- ment pas détruire le rapport entre les deux termes de la connaissance (le sujet et l’objet) pour poser en face du sujet un objet pur, et doué de cette extrasubjectivité qu’on ne saurait lui attribuer originairement sans atteindre les bornes du fantastique. Et il ne le pourrait pas davantage si on arrivait à dépouiller ce rapport de tout ce qui peut y sembler secondaire comme dérivant du sujet. L’objet sans rapport avec le sujet est un non-sens. Il n’est donc rien d’immédiat, il n’est pas d’intuition immédiate qui puisse permettre de concevoir l’individu privé de son rapport avec le sujet, rapport dont les adjectifs « imma- nent » et « immédiat » sont les premiers et les plus justi- fiés des attributs. 3. Rapport. — Et maintenant, que signifie rapport ? Ce mot implique une différence mais aussi une identité. Deux termes différents, exclusivement différents, se con- cevraient de façon qu’en pensant à l’un on ne saurait penser à l’autre, car la pensée de l’un exclurait absolument celle de l’autre. Aussi une différence absolue ne peut-elle exis- ter qu’entre deux termes totalement irrelatifs. De sorte que pour différent que l’objet soit du sujet, nous pen- sons à l’un en pensant à l’autre, et le concept de l’un con- tient l’autre en quelque sorte. 4. Absurdité d'un positif extrasubjectif. — Le sujet de l’intuition diffère de l’objet, mais non au point que celui-ci ne contienne pas quelque chose qui en provienne. C'est-à- dire que leur différence n’est pas telle que l’objet soit