CHAPITRE VI L’abstrait universel et le positif 1. La question des universels. — Une autre fameuse question qui préoccupa les philosophes du moyen âge, et qui n'a certainement pas été éliminée non plus à l’aube des temps modernes, est la valeur des universels, dans laquelle le concept de l'individu est d’ailleurs compris. De fait, si l’on pose d’une façon ou de l’autre la valeur de l’universel, on conçoit en conséquence de l’une ou de l’autre façon le particulier. Mais si on n’arrive d'aucune façon à comprendre l’universel, par rapport auquel on veut com- prendre le particulier, l’exigence qui pousse le philosophe à la recherche du principium individuationis reste néces- saire-ment insatisfaite. 2. Le nominalisme et le réalisme. — Tout le monde sait ce que furent au xme siècle les nominalistes et les réalistes, les scolastiques de l’époque qui se séparèrent en deux partis. Les premiers nièrent que les universels, tels que Platon les avait conçus, pussent trouver place dans la philosophie d'Aristote, et vinrent à compromettre la réa- lité de tout principe idéal, s’affirmant dans plusieurs parti- culiers, et partant les dogmes catholiques eux-mêmes, puisque ceux-ci affirment les principes en question, car, disaient-ils, la substance doit, selon Aristote, être conçue comme individu cùvoàov, composé de forme et de matière, non comme un simple universel, mais comme un univer- sel particularisé. Il importe peu, ajoutaient-ils, que l'intel- ligence ne soit investie par l’acte de la connaissance que de la forme des individus et n’ait exclusivement que l’universel GENTILE 5