LE PROBLÈME DE LA NATURE 63 logos a été inventé pour comprendre la nature, le logos n’est plus ce qu’il devrait être. Ainsi la position du logos exclut la nature. Or si l'universalité du logos ne nous sa- tisfait pas, et si nous nous sentons toujours altérés d’effec- tivisme, de positivisme naturel et de détermination par- ticulière, il nous faudra abandonner le logos, nier l’idée, comme le dit en effet Hegel. Mais cette négation (parfai- tement analogue à l’opposition de l'être au non-être dans le système de Platon) est en somme une négation que l’idée fait d’elle-même, et qui ne pourrait avoir de valeur que si elle constituait un acte logique, c’est-à-dire effectué à l’inté- rieur de la sphère même du logos. Elle est au contraire un acte que l’idée ne pourrait jamais accomplir à l’inté- rieur de sa sphère en y déployant toute son activité lo- gique, et qu’elle accomplit précisément quand, surpassant sa logicité pure, elle brise l’écorce de l’universel pour se poser immédiatement comme un particulier. Rupture inconcevable. 10. Pourquoi le problème de Hegel n'a pas été résolu. — Hegel se proposa donc lui aussi, mais sans le résoudre plus que ses devanciers, le problème du principe d’individualisa- tion. Et cela pour la même raison qui, comme nous l’avons vu, l’empêcha de parvenir au véritable concept de la dialec- tique. Son logos est posé comme pensée pure, ou réalité pré- supposée au penser : réalité abstraite, que Platon avait déjà idéalisée dans ses universels, desquels, selon l’observation si profonde d’Aristote, il est impossible de redescendre aux individus de la nature. L’individu n’a pas été retrouvé en suivant cette route et il reste introuvable. Et la nature, qui s’oppose à la pensée par ses individus, reste insaisissable.