6o l’esprit, acte pur l’a dit Platon, cette incorporation requiert l’intervention de quelque chose qui soit la négation de l’idéal et n’ait rien d’universel. Mais il est dès lors évident que le prin- cipe individualisant ne peut résider que dans la matière. 7. Tentative de saint Thomas d’Aquin. — Les philo- sophes scolastiques furent ainsi séparés en deux camps ; les uns affirmant que le principium individui n’est autre que la forme elle-même, les autres le voyant au contraire dans la matière. Et quelque opposées que fussent leurs conclusions, elles étaient aussi rationnelles les unes que les autres, tandis que la doctrine de saint Thomas d’Aquin l’était moins, au point de vue scolastique, parce que le noble génie spéculatif de son auteur ne lui permettait pas de conti- nuer à considérer la matière abstraitement conçue, quomo- dolihet accepta, mais lui substituait une matière ayant en elle un principe de détermination, materia signata : matière déjà empreinte d’un signum qui implique une certaine proportionnalité avec la forme et, jusqu’à un certain point, le principe de celle-ci. Solution illogique du problème, mais qui a le mérite de nier nettement que l’on puisse résoudre sans un changement de termes la question de savoir si le principe individuali- sant réside dans la forme ou dans la matière. En effet, la doc- trine de saint Thomas ne résout pas le problème mais elle en démontre l’absurdité ; absurdité commune du reste à tous les problèmes qui admettent des solutions op- posées ou, comme le dirait Kant, donnent lieu à des anti- nomies (1). 8. Survivance de la recherche scolastique. — Il ne faudrait pas croire qu’au déclin de la scolastique, lorsque l’autorité d’Aristote fut ébranlée et que la philosophie moderne se lança sur une voie nouvelle, le problème du principe d’individualisation ait été abandonné. Nous avons déjà fait allusion à la conception aristotélicienne qu’en eut Bruno malgré son instinctive aspiration à l'unité. Et, comme lui, (1) A propos des solutions médiévales de ce problème, voir l’ouvrage de l’auteur : I problemi délia scolastica, Bari, Laterza, 1922, chap. IV., 2e édit.