CHAPITRE V Le problème de la Nature i. Le problème hégélien de la Nature. — Lorsque Hegel eut établi une dialectique purement idéale et posé le logos, parfaitement distinct de la conscience qui le perçoit et qui n’est autre que l’esprit ou le penser lui-même, il lui fut possible de déduire du logos l’esprit en passant à tra- vers la nature. Concevant la dialectique de la pensée considérée comme purement pensable, il lui était permis de concevoir dialectiquement la nature, qui est pensée et non penser. Toutefois, et en tenant compte de ce que nous avons dit précédemment, nous n’aurions pas dû dire que cela lui fut possible, mais bien que cela lui sembla possible, car ce n'était qu’une illusion. Il ne conservait en effet la possibilité de penser dialectiquement la nature que parce qu’il continuait à se servir de l’ancienne et désuète dialectique de Platon. Dès que l’on fait coïncider la dialec- tique avec le penser, comme nous le faisons, il devient aussi impossible qu’absurde d'envisager la dialecticité de la nature. Il nous a été possible d’indiquer la vraie conception de l’histoire, qui doit être substituée à la fausse par la- quelle l’histoire est opposée à l’esprit qui se la représente, et de démontrer comment cette opposition disparaît dès que la substitution est effectuée. Mais la critique qu’on a proposée du concept de la nature ne fait qu’approfon- dir l’abîme qui s’ouvre entre la réalité naturelle, rebelle à toute conception dialectique, et l’esprit lui-même. Il est d'autre part impossible d’admettre, lorsqu’on a posé la dia- lecticité de l'esprit, que la dialectique ait une limite, parce que