5« l’esprit, acte pur connaît, indépendante par conséquent de la réalité de cet esprit, lorsqu’ils s’efforcèrent de la concevoir en évolution, c’est-à-dire non comme étant immédiatement et tout entière, mais comme s’étant formée et se formant graduellement selon la loi du plus fort et la sélection naturelle, indépen- damment de toute loi universelle gouvernant la nature en tant que processus de la réalité spirituelle. Il est per- mis de faire observer que cette sélection naturelle est absurde, lucus a non lucendo, car toute sélection suppose un choix, et tout choix un sujet qui choisit ; or ici personne ni rien ne choisit, la sélection résultant automa- tiquement de la défaite des plus faibles et de l'accapare- ment de leur place par les plus forts. C/est là une loi toute mécanique, convenant à une réalité placée au delà de l'esprit, isolée dans sa brutalité, et du mécanisme de la- quelle il faudra pourtant que surgisse, un jour ou l’autre, la plus haute espèce animale et la psyché dont la réalité, étant raison et volonté, s’oppose à celle de toutes les autres espèces animales et à toute la nature, la comprend et la domine. Or, abstraction faite de l’esprit qui n’existe pas encore, l’évolution est à la nature darwinienne ce que la dialec- tique est au monde platonicien des idées, parce qu’elle ne peut plus être un processus, mais implique un sys- tème de rapports tous établis et déjà consolidés. Si nous imaginons vraiment le moment où une espèce déterminée existe déjà tout en n'étant pas encore l’espèce supérieure qu’elle doit devenir selon la théorie évolutionniste, il nous sera aisé de discerner que le passage d’un degré à l'autre n’est intelligible qu’à la condition de reconstruire menta- lement la ligne de l’évolution, en partant de l’instant où le second degré n’était pas encore pour passer au suc- cessif où il y aura le premier et le second avec leur rapport. Ainsi le premier anneau s’offre à notre esprit en même temps que tous les autres jusqu’au dernier ; c’est-à-dire jusqu’à l’homme, qui n’est plus la nature, et détruit ainsi par sa seule intervention la possibilité de concevoir la nature comme une évolution. L’on ne saurait donc comprendre la nature ou l’histoire en mouvement si on