l’esprit comme développement 39 substituée par une métaphysique matérialiste et méca- niste ; et la seconde valait la première parce qu’il n'y avait de véritable unité ni dans celle dont les vitalistes faisaient leur point de départ, ni dans celle à laquelle aboutissaient les mécanistes. En outre, ils avaient recours les uns et les autres à l’abstrait pour comprendre le concret qu’est la vie, non comme unité abstraite, mais comme organisme, c’est- à-dire harmonie, fusion et synthèse de divers éléments : en sorte que l’unité ne saurait être sans la multiplicité, ni celle-ci sans celle-là. Car ni l’unité ne saurait produire la multiplicité comme le prétendait l’antique physiologie, ni la multiplicité l’unité comme l’auraient voulu les méca- nistes. La raison de cette impossibilité est du reste fort simple ; ni l’une ni l’autre n’étant un principe réel, ce sont deux abstractions et il faut s'en éloigner pour retourner à la vraie unité et à la vraie multiplicité qui, loin d’être extérieures l’une à l'autre, sont une seule et même chose : le développement de la vie. 3. Conception concrète du développement. — Il existe une façon de concevoir le rapport de l’unité avec la mul- tiplicité qui peut être dite concrète, en opposition à la pré- cédente qui est évidemment abstraite. Elle consiste à ne concevoir l’unité que comme multiplicité, et vice versa ; elle nous permet en un mot de voir dans la multiplicité la réalité et la vie de l’unité. On ne peut donc dire de cette vie de l’unité qu’elle est, mais qu’elle devient, qu’elle se forme : elle n’est pas, comme nous l’avons déjà dit, une substance, une entité fixe et définie, mais bien un processus cons- tructif, un développement. 4. L’unité comme multiplicité. — Nous savons mainte- nant que l’esprit est développement, et concevoir un esprit parfait initialement, ou à quelque moment que ce soit, équivaut à la plus absolue incompréhension, car ce n’est plus le concevoir comme esprit. Il n’était pas au commencement, il ne sera pas à la fin parce qu’il n’est jamais : il devient. Le seul verbe prédicatif dont il puisse être le sujet est devenir. Aussi ne peut-il avoir