10 l’esprit, acte pur est évidemment une abstraction ; parce qu’elle se borne à considérer la réalité telle qu’elle est et ne peut pas être, séparée qu’elle soit de l’activité spirituelle, qui pourtant la conditionne nécessairement, rationnellement bonne, comme elle doit l’être. Et il est en outre évident que toute pensée tendant à la conception naturalistique de la vie, prise en soi telle quelle indépendamment de nos efforts pour la changer, doit logiquement aboutir au pessimisme. Enfin il n’est pas de pessimisme qui n’ait pour base une vision naturaliste du réel ; comme il n’est pas de natura- lisme, pur et cohérent, qui n’engendre point le pessimisme. Mais pratiquement ce n’est pas là le plus important corollaire. Si la vraie réalité, pour l’homme qui ne fait pas abstraction du point de vue morale, est non pas celle qui est, mais celle qui doit être, il n’est pas possible de comprendre avant d’aimer et il ne sera jamais possible d’aimer si pour aimer il faut comprendre. On aime en effet ce qui a de la valeur et répond à l’idéal. Aimer est vouloir : vouloir l'intimité qui est propre à la réalité que nous voulons effectivement réaliser et qu’ipso facto nous réalisons : l’intimité de la réalité avec notre âme, avec notre cœur vibrant dans son élan vital vers l’objet. Or ce que nous voulons, du fait que nous le voulons, ne peut pas être déjà dans le monde. Ce n’est pas la terre que nous voulons mais la possession de la terre, en d’autres mots c’est la terre en tant que nôtre, possédée par nous et par suite en tant que partie de notre vie. Et nous aimons cette terre, et nous ne savons pas y renoncer. De la même façon nous aimons un être animé, de la même façon un être spirituel ou humain, une personne. Dans tous les cas l'être que nous aimons est créé une seconde fois par notre amour. Il est de nouveau créé immédiatement et médiatement : il est pour nous un être nouveau dès que nous commençons à l’aimer ; mais le devient réellement par une transfor- mation continuelle et progressive en conséquence de notre amour qui agit toujours plus énergiquement sur lui, et graduellement le rend conforme à son propre idéal. En somme l’objet de l’amour, quel qu’il soit, ne pré- existe pas à l’amour puisqu’il en est la création ; aussi est-