SUBJECTIVITÉ DU RÉEL 5 le concept du penser comme penser transcendantal, de l’es- prit comme autoconscience : aperception immédiate, condi- tion de toute expérience. Car si nous parlons d'esprit fini, de pensée actuelle, avant et après laquelle la réalité de notre penser fait défaut, si nous pouvons en somme concevoir tout notre esprit comme fini, cela tient à ce que nous consi- dérons dans ce même esprit, non l’activité transcendantale de l'expérience, mais tout simplement le Moi empirique kantien, radicalement différent du Moi transcendantal. Nous devons, pour bien saisir ce qui précède, établir une dis- tinction dans chaque acte de notre penser et en général dans notre penser : mettre d’un côté ce que nous pensons et de l’autre nous-mêmes, qui pensons ce que nous pensons, et qui ne sommes pas l’objet mais le sujet de la pensée. Déjà Berkeley avait attiré l’attention sur le sujet comme étant toujours opposé à l’objet. Seulement, son sujet n'était pas conçu essentiellement comme un sujet mais comme un sujet objectivisé, réduit par cela même à être l’un des nombreux objets finis, contenus de l’expérience, et plus précisément l’objet auquel on parvient empiriquement chaque fois qu’on analyse un acte spirituel et qu’on trouve, outre le contenu de notre conscience, la conscience elle-même comme forme de ce contenu. En effet, soit que nous regar- dions l’objet qui est vu par l’œil ou l'œil lui-même, nous avons également un objet d’expérience, d’une expérience que nous faisons actuellement et de laquelle le sujet, aussi bien que l’objet de l’expérience que nous considérons, sont objets. Mais nous ne pouvons voir nos propres yeux que dans un miroir ! 6. Le penser en acte. — Pour saisir l’essence de l’activité transcendantale de l'esprit, il ne faut jamais perdre de vue sa qualité de spectateur et partant jamais le considérer extrinsèquement du dehors, jamais en faire un objet d’ex- périence, jamais faire de ce spectateur un spectacle. Car la conscience cesse d'être telle quand elle devient objet de conscience ; i’aperception immédiate n’est plus apercep- tion quand elle devient objet perçu : qu’au lieu d’être sujet nous sommes alors objet et il ne s’agit plus du