4 l’esprit, acte pur modestie, qu’on lui permette d’affirmer que la pensée est quelque chose. Il est vrai qu’en approfondissant le concept qui a généré cette exigence, la philosophie moderne éprouve la nécessité d’affirmer la pensée non seulement comme une sorte d’appendice de la réalité, mais bien plutôt comme le total, ou Réalité absolue. Dans la position prise par Berkeley, la pensée n’est rien non plus, rigoureusement parlant on ne pense qu’autant que l’objet de l’acte par lequel on pense a déjà été pensé ; qu’autant que la pensée humaine est un rayon de la Pensée divine, ne pouvant par suite être rien de nouveau, rien de plus que la Pensée divine elle- même. Une difficulté surgit à propos de l’erreur, qui est humaine et non divine ; mais il faut remarquer que la pensée humaine étant nulle, l’erreur ne saurait avoir plus de réalité objective que de réalité subjective. Notre pensée ne peut rien être puisque, si elle était quelque chose en soi, la Pensée divine ne serait pas toute la pensée. 5. Le moi transcendantal et le moi empirique. — La philo- sophie kantienne prend une autre position, dont Kant non plus n’a pas d’ailleurs parfaitement conscience. Son concept du moi transcendantal rend en effet impossible la question de Berkeley : comment pourrait-on concevoir notre pensée finie ? Si nous pensons, et faisons de notre pensée ainsi déterminée l’objet de notre réflexion, ce que nous pen- sons, c'est-à-dire notre pensée elle-même, n'est autre chose qu'une représentation : terme corrélatif de notre penser auquel elle se représente. Or cette pensée, est finie et comment est-il possible que cette pensée finie ait surgi ? Cette pen- sée est actuelle, elle est l’actuation d’une possibilité : puisqu’elle est, dis-je, elle était possible. Avant d’exister actuellement il faut qu’elle ait existé potentiellement. Comment l’expliquer? Pour le faire, Berkeley cherchait une explication transcendante par rapport à la pensée dont il voulait rendre raison. Mais cette question, qui se posait au sein même du kantisme et fit naître le concept du noumène, n’eut plus de raison d'être dès que le grand philosophe eut formulé