X PRÉFACE Le réel, selon Hegel, est l’être dans la pensée, l’être et la pensée, en un mot la pensée, bien qu’on rencontre plu- sieurs fois chez lui : « Das Denken ». Le réel, selon Gentile, est le penser. Il entend toujours comme réel l’acte, et l’acte seulement. Aussi avons-nous continuellement, sur son indication, fait usage en fran- çais des deux termes penser et pensée pour ne laisser au- cune possibilité d’équivoque, la pensée désignant le résul- tat et parfois le contenu de l’acte de penser, le penser dési- gnant toujours l'acte lui-même. Cette différence si simple à énoncer entraîne cependant une véritable révision des valeurs de tous les concepts et n’a rien de verbal, car elle provient de la manière dont les deux philosophes abordent et posent le problème du réel. La seule réalité est celle du penser dans son actualité. Tel est dans sa forme complète le concept que M. Gentile a posé dans des pages qui ont dû lui coûter de laborieux efforts, et en coûteront sans doute au lecteur. Mais après quelques chapitres d’une dizaine de pages l’édifice s'étage spontanément, tout devenant clair, aisé, évident ; la cer- titude semble se faire tangible et cesser enfin d’être un leurre ou une chimère. « L’être du penser, suivant Descartes, est parce qu’il pense, est tout en n'étant pas (s’il était, le penser ne serait pas un acte mais un être pur) et par cela même se pose et devient ». Quoi de plus réel, de plus cer- tain, de plus positif pour nous que notre penser au moment de son actualité ? Que pouvons-nous connaître aussi bien ? Que percevons-nous de plus vivant, de plus concret, de plus positif ? Où trouver la même union intime du Moi et du non-Moi ? du subjectif et de l’objectif ? Le problème de la nature se pose et s’éclaircit de lui- même. Dès que ce concept est admis, en effet, l’idéalisme ne se trouve plus dans une position d’incertitude vis-à-vis du monde extérieur existant en soi : l’esprit fait pour lui-même une création spirituelle de cette création naturelle de Dieu. La réalité statique du monde n’est ni détruite ni niée par l’acte créateur qui en fait une réalité spirituelle : elle est médiatisée par lui, absorbée et comprise comme un moment