Full text: Lotharingia

Cependant, les tensions au sein de la famille des Régnier étaient vives: en 924, Bérenger qui 
avait épousé une fille de Régnier 1er s'était emparé de son beau-frère Giselbert et ne l'avait 
relâché qu'après avoir reçu en otage les neveux de Giselbert, fils de Régnier II. Une fois 
libéré, Giselbert dévasta les terres de Bérenger, de son frère Régnier et du comte Isaac.71 
Or, l'exemple occidental montre que les lignages qui réussirent furent ceux qui surent ras¬ 
sembler la parenté autour de la lignée dominante, ce que ne parvint pas à faire Giselbert. 
Ce fut peut-être une des raisons de son échec en 939. Plus tard ses neveux, Régnier III et 
Rodolphe de Hesbaye, récupérèrent une partie de l'héritage hennuyer des Régnier- 
Giselbert, mais ils furent destitués en 958 pour avoir pris la tête d'une nouvelle révolte 
lotharingienne contre Otton. Ces destitutions à répétition freinaient la patrimonialisation des 
honores, en même temps qu'elles empêchaient la constitution d'ensembles territoriaux 
stables et homogènes. 
Dans le sud de la Lotharingie, les Gérard-Matfrid avaient un moment semblé pouvoir créer 
une principauté (tableau n° 9). A la fin du IXe siècle, ils étaient implantés autour de Metz 
où ils tenaient le comté et le monastère de Saint-Pierre-aux-Nonains. Ils étaient également 
possessionnés dans l'Eifel, avec le monastère de Sainte-Marie-ad-Horreum à Trêves. Ils réus¬ 
sirent à se maintenir à Metz: en 861, le comte était un certain Liutard qui appartenait à leur 
groupe.72 Entre 872 et 889/890, le comté était tenu par le comte Adalhard, fils du sénéchal 
Adalhard et petit-fils d'un Liutard.73 Le comte de Metz Adalhard épousa une fille ou une 
petite-fille du comte Matfrid et un de leur fils, nommé Matfrid, fut comte de Metz74 après un 
autre Liutard (peut-être un fils ou petit-fils du premier) qui était comte vers 907/909.75 A la 
mort de Matfrid en 930, le comté de Metz passa alors à son fils Adalbert qui mourut en 
944.76 Cependant, ils ne réussirent pas à rassembler les honores du sud lotharingien, le ban¬ 
nissement des comtes Gérard et Matfrid en 90677 ayant porté un rude coup à leur groupe 
familial, sans pour autant le faire disparaître. 
De toutes manières, en Lorraine comme dans l'Eifel, ils devaient compter avec les descen¬ 
dants de Wigeric et de Cunégonde (tableau n° 10) qui avaient aussi du sang carolingien 
dans les veines.78 Ces derniers se rattachaient à un groupe anciennement implanté dans le 
Trévirois, où Wigeric devint comte, mais aussi dans le Verdunois et le pays messin, où deux 
des branches de la famille d'Ardenne allaient faire souche. 
Etroitement liée aux Ottoniens, la famille d'Ardenne soutint sans défaillir le parti ottonien 
mais elle ne parvint pas davantage à rassembler ses honores pour fonder une véritable prin¬ 
71 FLODOARD, a.924, p. 21. 
72 Annales de Saint-Bertin a.861, éd. F. Grat, J. Vieillard et S. Clemencet, Société de l'histoire de France, 
Paris 1964, p. 87. 
73 HLAWITSCHKA, Die Anfänge des Hauses Habsburg-Lothringen, Sarrebruck 1969, p. 154-171. 
74 E. HLAWITSCKA, Die Anfänge.., op.cit. (note 73), p. 71-78. 
75 BEYER, ELTESTER, GOERZ, Urkundenbuch (note 69), op.cit., n° 153. 
76 Continuation de Réginon, a.944, p.619. 
77 Ils avaient soutenu la révolte des Babenberg. 
78 La Vie de Jean de Gorze fait état de l'origine royale d'Adalbéron 1er de Metz, tant du côté parternel que 
maternel (Vita lohannis abbatis Gorziensis par Jean de Saint-Arnoul, éd. Pertz, M.G.FJ. SS.IV, p.348). Sa 
mère Cunégonde était une petite-fille de Louis le Bègue. Si son père Wigeric était bien le fils d'une 
soeur de Régnier 1er (supra note 64), il descendait de Lothaire 1er. 
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